12.10.23

Évêque de Nazareth, Mgr Rafic Nahra
Vicaire patriarcal du Patriarcat latin d'Israël
Vicaire patriarcal pour les catholiques de langue hébraïque en Israël
17 septembre 2023 (17 heures)
Nazareth, Basilique de la Nativité
24ème dimanche du temps ordinaire
Lectures bibliques : Siracide 27, 30-28, 7 ; Romains 14, 7-9 ; Matthieu 18, 21-35.
Homélie
Chers frères et sœurs,
C'est un plaisir pour moi de célébrer cette messe avec vous aujourd'hui, essentiellement avec le groupe des Laïcs Missionnaires de la Charité qui sont présents à Nazareth, ces jours-ci, pour une Assemblée générale. Vous êtes venus de loin en Terre Sainte pour vous rencontrer et prier, mais aussi pour rester quelques jours dans cette ville, Nazareth, qui, il y a 2000 ans, était un petit village où le Verbe de Dieu s'est incarné dans le sein d'une humble jeune fille appelée Marie. Comme nous le disons dans le Credo : "Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; Par l'Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie - ici à Nazareth - et s'est fait homme".
Nazareth est également le lieu où Jésus a grandi pendant une trentaine d'années avant de sortir publiquement pour prêcher l'Évangile à son peuple. En ce lieu, nous sommes donc invités à méditer sur la vie de Joseph et Marie qui ont accueilli Jésus et lui ont offert un abri et un foyer aimant tout au long de son enfance et de son adolescence. Ce mystère de "Dieu avec nous", "Emmanuel", est une source constante de méditation et d'inspiration pour nous tous, et en particulier pour chacun d'entre vous à qui Dieu a accordé la grâce de connaître Jésus et de faire partie de sa famille, la famille de ceux "qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique".
"Dieu avec nous", "Dieu parmi nous", "Dieu en nous", toutes ces réalités sont liées et nous révèlent combien Dieu veut être proche de nous, les êtres humains, même si sa présence est le plus souvent cachée, de la même manière que Jésus a vécu pendant 30 ans caché à la plupart de ceux qui le fréquentaient tous les jours. La mission que Jésus nous a donnée, et spécialement à vous, "Missionnaires de la Charité", est de vivre la charité de manière à ce que les autres, même ceux qui sont étrangers à toutes les choses spirituelles dont nous parlons, puissent découvrir la proximité de Dieu avec eux. Telle fut l'intuition de Mère Teresa lorsqu'elle commença à servir les plus pauvres parmi les pauvres, en Inde, en leur montrant la miséricorde et la proximité de Dieu, dans la pauvreté même où ils vivent.
Oui, la présence de Dieu en nous est rendue visible aux autres essentiellement par notre capacité à les aimer et notre volonté de leur donner gratuitement ce que nous avons et ce que nous sommes. Cela m'amène à l'Évangile que nous avons entendu il y a quelques minutes, dans lequel Jésus parle d'une forme spécifique de "don", l'une des formes les plus élevées de "don gratuit de soi aux autres", qui est la capacité de "pardonner" à ceux qui nous ont offensés. Jésus a vécu pleinement cette forme la plus élevée de "don gratuit de soi". Tout au long de sa vie, Jésus a manifesté son amour bienveillant pour les autres, en particulier pour les pauvres : dans l'Évangile, nous le voyons constamment se promener, enseigner patiemment, guérir les malades et faire du bien à ceux qu'il rencontrait, de différentes manières.
Mais l'authenticité d'un être humain se révèle non seulement par sa charité active, mais aussi par sa capacité à supporter le mal qui lui est fait sans vouloir se venger. Dans sa passion, Jésus a pu pardonner à ceux qui l'ont arrêté et condamné à une mort violente sans qu'il y ait eu de sa part la moindre faute. L'une de ses dernières paroles sur la croix a été la prière suivante : "Père, pardonne-leur : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font" (Luc 23:34).
Pardonner n'est pas chose facile. Nous aimons parler du pardon, mais quand vient le moment de pardonner, nombreux sont les obstacles que nous rencontrons :
- tout d'abord, notre orgueil qui se révolte lorsque quelqu'un nous offense et nous humilie, même involontairement. Nous éprouvons spontanément le désir de rendre offense pour offense.
- Parfois, je dirais même souvent, il ne s'agit pas d'une offense unique, mais d'offenses multiples, en raison de relations difficiles avec ceux qui nous sont les plus proches : père, mère, fils, mari ou femme, frère ou supérieur religieux, etc. Certains conflits sont dus à des incompatibilités de caractère qui provoquent beaucoup d'incompréhension et de souffrance.
- Parfois, il y a un problème de jalousie ou de suspicion à l'égard d'autrui.
- parfois, je suis prêt à pardonner, mais j'ai en face de moi quelqu'un qui, apparemment, refuse de se réconcilier et continue d'agir de manière offensante.
La liste des obstacles au pardon est longue, et certaines situations sont vraiment douloureuses. Mais quelle que soit la raison, Jésus dit qu'il faut pardonner, non seulement sept fois par jour - ce qui est déjà beaucoup - mais soixante-dix-sept fois, c'est-à-dire sans limite. N'est-ce pas un peu utopique ?
Je sais par expérience que "pardonner" dépasse parfois largement nos simples capacités humaines. Nous avons l'impression que c'est trop, nous ne savons pas quoi faire. Dans ce cas, la prière est un moyen puissant pour nous sortir de l'impasse. Une prière insistante et persévérante, parfois pendant une longue période. Dieu peut soudain donner la paix à notre cœur et dénouer les nœuds qui nous bloquaient à l'intérieur tant que nous n'avons pas été capables de pardonner à quelqu'un qui nous a offensés.
Les lectures d'aujourd'hui nous offrent une feuille de route pour comprendre pourquoi l'acte de pardon n'est pas une option, mais une forme de justice. Dans la première lecture, nous avons plusieurs fois le commandement "Souvenez-vous" :
"Souvenez-vous de vos derniers jours, mettez de côté l'inimitié, souvenez-vous de la mort et de la décomposition, et cessez de pécher ! Pensez aux commandements, ne haïssez pas votre prochain ; souvenez-vous de l'alliance du Très-Haut, et ignorez les fautes".
Le Sage nous demande de nous souvenir de l'heure de notre mort car c'est l'heure où, se présentant devant Dieu, chacun espère recevoir miséricorde et compassion. Mais pour recevoir la miséricorde et la compassion, le Sage nous rappelle qu'il y a un minimum d'exigences : "Quelqu'un pourrait-il nourrir de la colère contre un autre et espérer une guérison de la part de l'Éternel ? Quelqu'un peut-il refuser la miséricorde à un autre comme lui, peut-il demander pardon pour ses propres péchés ? Si quelqu'un, qui n'est que chair, nourrit de la colère, qui lui pardonnera ses péchés ?
Le message du Sage est très proche de la parabole que Jésus nous raconte sur le roi et le serviteur qui refuse de remettre la dette de son compagnon de service tout en sachant que son Maître lui a remis une énorme dette personnelle.
Cela me rappelle ce que je demande quotidiennement lorsque je prie le "Notre Père". Je suis invité à penser si j'ai quelque chose contre quelqu'un qui a besoin d'être pardonné. Le pardon n'est pas toujours réciproque. Parfois, nous disons que nous sommes prêts à pardonner, mais nous attendons de ceux qui nous ont offensés qu'ils reconnaissent et confessent d'abord leur offense. Jésus n'a pas exigé une conversion préalable de ses crucifiés pour leur pardonner. Il a simplement pardonné et demandé à Dieu de les pardonner. Changer le cœur des autres ne nous appartient pas et dépasse largement nos capacités. Dieu ne nous le demande pas. Il nous demande simplement de purifier notre propre cœur de toute colère, de tout ressentiment, de tout désir de vengeance, car la haine et le ressentiment, comme un poison dangereux, souillent le cœur dans lequel ils s'installent.
Frères, certains d'entre vous vont maintenant prononcer leurs premiers vœux. Je vous invite tous à prier pour eux. Et vous, qui allez prononcer vos premiers vœux, je vous invite à demander à Dieu de purifier en profondeur vos cœurs et vos intentions en cette occasion spéciale, afin de recevoir pleinement la grâce et la faveur de Dieu dont vous avez besoin pour persévérer dans la volonté de Dieu. Nous invoquons également l'intercession de Sainte Teresa de Calcutta pour vous, et pour tous les Laïcs Missionnaires de la Charité, ici présents ou absents. Que ces jours de retraite vous apportent un renouveau de votre foi et de votre désir d'aimer sincèrement Dieu et votre prochain. Amen.
LE RÔLE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE MARIE ET DE SAINT JOSEPH
par le frère André Marie M.C.
"Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance :
Celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon" (Gn 3, 15).
Les gardiens de Jésus.
Avec Marie, Joseph est le premier gardien du mystère divin de Jésus. Le mot clé utilisé ici est "gardien". Il y avait deux gardiens de Jésus dans la Sainte Famille de Nazareth, Marie et Joseph ensemble.
C'est le même mot que celui utilisé dans le récit biblique de Caïn et Abel. "Suis-je le gardien de mon frère ? Littéralement, dans le texte hébreu ancien, "Le gardien de son frère, est-ce moi, moi-même, moi ? En hébreu, Caïn ne mentionne même pas le mot "frère" et cela sonne comme un reproche. Cette inimitié, cette hostilité qui a commencé avec la chute d'Adam et Eve se perpétue ici. Les paroles de Caïn pourraient s’exprimer ainsi : "Ce n'est pas mon affaire, cela m’est égal".
Lors de la chute d'Adam et d’Ève, avec l'entrée du mal dans le monde qui en a résulté, Dieu n'est pas indifférent. Si la réponse de Caïn à la question de Dieu est une démonstration totale d'indifférence, Dieu promet qu'il suscitera un descendant à Adam et Ève qui écrasera la tête du serpent. Le sens est clair. Dieu mettra une inimitié entre la femme et sa descendance et la descendance de Satan, un combat perpétuel entre le bien et le mal. Dieu s'intéresse totalement à tout ce qui compte pour l’homme, en tout point pour le salut de l'homme et de la femme. À la haine du diable s'oppose la "sollicitude" de Dieu à travers ses instruments qu'il a choisis. Dieu se soucie de nous, il nous protège, il est notre gardien.
Le verbe hébreu "shamar", d'où vient le mot garder ou surveiller, signifie beaucoup de choses différentes, toutes relatives à la nouvelle venue de Dieu, après le début du péché originel. L'une des plus belles significations de "shamar" en hébreu est célébrer. Cette Assemblée Générale est appelée à être une célébration. Toute notre vie est appelée à être une célébration. Toute la vie chrétienne est appelée à s'écouler de la Très Sainte Eucharistie, et à s'écouler vers la Très Sainte Eucharistie, fontaine et sommet. Toute la vie chrétienne est appelée à jaillir de cette grande action de grâce, "yada" en hébreu. Le mot "yada" en hébreu signifie action de grâce, il signifie aussi célébration.
Nous sommes appelés à célébrer, pourtant, avec un zèle toujours renouvelé, les débuts de notre salut qui, "dans la plénitude des temps, au jour de Dieu", entre dans notre vie et spécialement dans la vie des plus pauvres parmi les pauvres.
Padre Pio dit que le Diable, bien qu'il prépare les marmites pour nous attraper et nous cuire, ne prépare pas les couvercles. Bien que l'homme ait été pris et cuit dans la fournaise du péché originel, Dieu nous a préparé une sortie.
La lutte contre le mal. Le mot pour Marie dans l'Ancien Testament est "Miriam", qui vient du verbe être amer, mais qui signifie fondamentalement rivaliser, lutter pour
" se rebeller" contre le règne du péché. Cette contre-attaque de Dieu est arrivée à travers les « soins » de Joseph et de Marie, les gardiens choisis du Verbe incarné. Nous sommes tous appelés à participer à ce que le pape François appelle la révolution de la bonté ou de la tendresse.
Saint Joseph et la très Sainte Vierge Marie, son épouse, furent très clairement choisis pour être les premiers protagonistes de cette rébellion, de cette lutte contre le mal, les gardiens les plus proches de Jésus. Le mot "Joseph" vient du verbe "ajouter". Dieu a choisi Saint Joseph pour ajouter toutes les bonnes grâces possibles dans cette vie et dans l'autre, toujours en étroite collaboration avec son épouse bien-aimée, la Vierge Mère de Dieu.
Le protoévangile de la Genèse (3,15) prédit une grande renaissance religieuse qui, d'une manière très spéciale, a été initié grâce au soin, à la protection et à la célébration de la deuxième personne de la Sainte Trinité, à travers ses premiers gardiens. Ses premiers gardiens ont été Joseph et Marie, mais pas les derniers. Nous sommes tous appelés à participer au tendre soin aimant de Dieu en ajoutant et en nous rebellant, en ajoutant notre contribution et en nous rebellant contre le règne du péché grâce à notre soin, notre protection et notre célébration de Jésus dans les plus pauvres des pauvres. Tout acte de charité, toutes les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles que nous pratiquons, par la grâce de Dieu tout-puissant, ajoutent quelque chose, rivalisent avec le règne du péché dans cette révolution divine de la miséricorde.
La providence de Dieu ne manquera jamais, disait sainte Gemma Galgani. La providence de Dieu a choisi deux instruments, choisis pour ajouter tout ce qui est bon au genre humain dans la grande compétition entre le bien et le mal. Notre effort pour ajouter quelque chose pour combattre le mal se fait aussi à travers les paroles et les actes.
Dans la plénitude des temps, Dieu a choisi d'intervenir pour la rédemption de toute l'humanité, mais il avait besoin d'instruments choisis. Jésus a dit à ses disciples : "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure." (Jn 15,16). Le premier fruit de la rédemption complète a commencé dans le Nouveau Testament avec l'élection de Marie et de Joseph.
L'Église a reconnu depuis des milliers d'années le choix unique de Dieu de la Mère Immaculée et de celui qui, en accord avec toute l'histoire de l'Église, a été clairement choisi pour être son époux, Saint Joseph, Patron de l'Église universelle.
L'appel et le choix de Dieu sont irrévocables. Tout comme Joseph et Marie ont été choisis, nous sommes également consacrés et choisis pour une mission. Nous sommes appelés et choisis pour devenir les membres spéciaux de la Sainte Famille, avec Joseph et Marie comme père et mère adoptifs et Jésus comme notre cher Frère et Maître.
Nous participons à un amour dynamique qui choisit, un amour qui est indomptable, un amour qui est inextinguible, un amour précisément pour nous et pour le salut de toute l'humanité, spécialement pour les plus pauvres parmi les pauvres, qui s’exprime par des paroles et par des œuvres.
Le grand renouveau de l'Église a été réitéré par la Vierge de Fatima : "Pénitence, Pénitence, Pénitence", en hébreu "shoob", "shoob", "shoob", mais pénitence en hébreu n'est pas du tout un mot fondamentalement négatif. Le mot signifie renouvellement, restauration, reprise de souffle. Un amendement prudent et habile de la vie conduit à une renaissance, à une nouvelle vie.
Dans tout le chemin de notre vie, en particulier dans notre chemin de foi, nous ne sommes pas seuls, nous sommes des compagnons de voyage de chacun des membres de la Sainte Famille, Jésus, Marie et Joseph. Nous croyons, en tant que chrétiens, que toute notre vie est un voyage accompagné de notre chemin de foi. Chacun est choisi et chacun a un rôle unique dans ce grand voyage accompagné de notre chemin de foi, c’est-à-dire, étancher la soif infinie de Jésus sur la croix pour l'amour des âmes. "Je t'ai demandé, ils t'ont demandé, ma Mère t'a demandé, refuseras-tu ?’’ (Grâce Fondatrice de Mère). Notre appel, notre élection et notre choix de coopérer avec l'amour le plus dynamique de Dieu se concrétisent en ce jour. Ce jour ne signifie pas tant un jour chronologique mais un jour rédempteur, un jour d'expiation (Yom Kippour), un jour du Seigneur.
Certains d'entre nous ont été choisis dans l'Assemblée générale pour occuper des postes importants d'autorité et de responsabilité, mais dans ce grand pèlerinage de foi, chacun, dans une merveilleuse harmonie, une unité dans la diversité, est appelé à répondre et à choisir de coopérer avec celui qui nous a choisis en premier. Aujourd'hui, nous sommes choisis, ici, dans cette Assemblée générale, pour croître en nombre, mais surtout en sainteté.
Notre Dame. Les dernières paroles de la Vierge ont été : "Faites", c'est-à-dire "accomplissez", tout ce qu'il vous dira". La dernière présence de Marie a eu lieu à la Pentecôte. La Pentecôte a été la naissance de l'Eglise, lorsque les apôtres, avec Marie au Cénacle, sont sortis pour accomplir, exécuter, faire quelque chose de beau pour Dieu.
Dans l'épreuve, dans l’angoisse, saint Bernard disait de Notre Dame : "Pensez à Marie". Notre conduite, notre "faire", tout ce que Jésus nous dira constituera toujours pour nous une nouvelle Pentecôte, une Pentecôte quotidienne.
"C’est à moi que vous l’avez fait". L'une des citations bibliques préférées de Mère était "C'est à moi que vous l'avez fait" (Mt. 25, 40). Son action a été la suivante : "J'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi". Nous pouvons nous demander : Qu’ai-je fait en ce qui concerne les œuvres spirituelles de miséricorde ? Ai-je enseigné les ignorants, ai-je appelé les pécheurs à la repentance, ai-je pardonné les offenses, ai-je prié pour les vivants et les morts, ai-je conseillé ceux qui sont dans le doute ?
"Aujourd'hui", le seul jour qui comptait pour Mère, ai-je "retiré ma colère", ai-je "évité ma colère", ai-je "apaisé ma colère", ai-je "écarté ma colère", ou me suis-je laissé aller à cette haine de Caïn, à cette indifférence de Caïn, qui est tout aussi mauvaise que la haine selon Mère Teresa ?
Selon Mère Teresa, la colère n'est rien d'autre qu'un orgueil gonflé. Toutes les formes mentionnées de résister ou de se rebeller contre la colère font référence à cette "pénitence, pénitence, pénitence". Retirer ta colère, détourner ta colère, apaiser ta colère, écarter ta colère, signifient précisément "pénitence, pénitence, pénitence". Selon saint Jean Berchmans, la plus grande pénitence est la vie communautaire. Combien de fois, au cours de ma vie ( de ma vie religieuse aussi ), ai-je fait pénitence en détournant ma colère, en évitant ma colère, en retirant ma colère et en me rétablissant ainsi à moi-même et à mon Sauveur ?
L'expression "C’est à moi que vous l’avez fait" a un vaste champ d'application. Étancher la soif infinie de Jésus sur la croix pour l'amour des âmes revient à faire ce qui Lui plaît dans les moindres détails de notre vie. Mère Teresa dirait que nous n'avons que de petites choses à faire : un sourire, un mot de réconfort, un partage généreux de ce qui est élève l’âme et encourage pendant les loisirs ou "l'apostolat de l'écoute", auquel le pape François fait souvent allusion. "C’est à moi que vous l’avez fait" inclut toutes nos actions, à Bethel, à Casa Serena, à Deepashram, à Anandashram, à Yesu Fie, aux Philippines, à Ponte Galeria, en Israël, au "Don de la Miséricorde", et avec les Missionnaires de la Charité, en nous rappelant que nous sommes "les gardiens de nos Frères".
Résister. Nous devons "résister" à la vague de la sécularisation, c'est certain. L'une des significations de Miriam est résister. Nous devons surtout résister à l’inimitié qui est entrée dans le monde avec la chute de nos premiers parents. Nous devons résister à la tentation d'exprimer notre colère en nous humiliant les uns les autres, en profitant les uns des autres. Qui d'entre nous peut dire : "J'ai toujours enlever ma colère, j'ai toujours évité ma colère, j'ai toujours apaisé ma colère, j'ai toujours détourné ma colère ?" C’est à moi que vous l’avez fait" commence par les graines que nous semons dans nos âmes. Si la colère n'est rien d'autre qu'un orgueil gonflé, alors nous trouverons toujours beaucoup de colère, de haine, d’inimitié à retirer, à apaiser, à éviter et à détourner de nos groupes. Caïn et Abel vivaient fraternellement, ils étaient frères, mais à la fin, la colère a triomphé, comme elle essaiera toujours de triompher dans nos relations, Dieu veuille que ce ne soit pas comme cela !
Sous la croix, la Vierge a "résisté". Combien de tentations de colère, de désespoir, d'inimitié et de haine ont dû assaillir la Vierge, mais Elle a résisté, fidèle à la signification la plus profonde de son nom, à cette "amertume" qui voulait l'envelopper. Voici la performance de la Vierge. Elle a triomphé complètement de l'inimitié du serpent.
Son premier effort, enregistré par la Bible, après la crucifixion, a été de prier dans le Cénacle, avec les apôtres, pour la naissance de Jésus à nouveau, cette fois par l'effusion de l'Esprit Saint. Dans la chambre haute, elle ne s’est pas laissée emporter par le ressentiment, la haine, l’ inimitié originelle née du péché originel. Elle a "résisté", elle a "rivalisé", elle a "lutté", jusqu'à ce qu'elle puisse nourrir les graines de l'Église primitive. Elle s'est exercée avec les apôtres sur son chemin de foi. Elle a donné naissance à Jésus incarné et a ensuite lutté, "avec les apôtres", pour le tout début de l'Église à la Pentecôte.
Nous sommes également appelés à résister, à prendre le chemin de l'humilité, qui commence par la fidélité à notre vocation. Voyez la performance de Notre Dame, avec les apôtres, voyez la résistance active de la Sainte Église, qui a commencé par l'humilité des exercices de la vie spirituelle.
Si ces significations du mot pénitence ou repentir, qui en hébreu se dit "shoob", semblent fondamentalement négatives, nous pouvons penser alors aux significations positives de "shoob", qui sont, par exemple, reconstruire, rétablir, rafraîchir, renouveler, revivre. Le pape François a dit qu'il connaissait des communautés religieuses qui sont devenues un enfer de jalousies et de lutte pour le pouvoir. Notre vie dans les groupes est soumise aux mêmes tentations d'ambitions impies, de rivalités, de fractions. Le seul espoir de l'homme, et le pape saint Jean-Paul II l'a dit, dans le contexte d'une catastrophe nucléaire potentielle, le seul espoir de l'homme est une conversion morale, la Vierge de Fatima avait donc raison : " pénitence, pénitence, pénitence ", " shoob, shoob, shoob ", c'est notre seul espoir.
Il existe un remède, un traitement pour toutes ces tentations qui peuvent nous assaillir jusqu'au dernier moment. Ne nous concentrons jamais sur le négatif au point de manquer de perdre notre équilibre fondamental ou, comme le dirait Mère, « que cela nous fasse oublier la joie de la résurrection". Tant qu'il y a du temps, il y a de l'espoir, tant qu'il y a une véritable conversion morale vers le positif, il y a de l'espoir. Le mot "bonne nouvelle" signifie apporter des bonnes nouvelles, être fondamentalement optimiste, apporter et partager des bonnes nouvelles. S'il est vrai que "la joie est le signe infaillible de la présence de Dieu", alors ce dernier sens, celui de partager de bonnes nouvelles, devrait être, je crois, notre meilleure façon de le contempler.
Dans cette saine disposition positive de "bonnes nouvelles ou de nouvelles bonnes », "C’est à moi que vous l’avez fait" et "Faites tout ce qu'il vous dira" sont des phrases pleines d'opportunité, pleines de nouveaux horizons.
Nous sommes appelés à incarner cette "bonne nouvelle", ces "bonnes nouvelles" qui sont toujours pleines de potentiel." Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien"(Rm 8,28), oui, même nos erreurs, tant que nous ne perdons jamais le plus fondamental de tout, la "saine disposition", cet optimisme de la Bonne Nouvelle, qui ne signifie pas seulement Bonne Nouvelle, mais même la Meilleure nouvelle, Dieu devenu homme pour notre salut.
Les dogmes mariaux. Les dogmes mariaux sont "Marie Mère de Dieu", "L'Immaculée Conception", "L'Assomption" et "Marie toujours Vierge", mais ils gravitent tous autour de la plus heureuse des "bonnes nouvelles", "la meilleure Bonne Nouvelle » de toutes les bonnes nouvelles, que Dieu s'est fait homme et que Marie est la Mère de ce Dieu, dans l'incarnation de ce Dieu dans son sein vierge de Nazareth.
Agir avec humilité dans la très sainte volonté de Dieu est ce qui a caractérisé les premiers gardiens terrestres de Jésus, saint Joseph et sainte Marie, au cours de leur pèlerinage terrestre.
Notre véritable travail se produira lorsque nous réaliserons combien Dieu nous a aimés en "Regardant la croix, nous savons combien Dieu nous a aimés, et combien il nous aime maintenant en regardant Jésus dans le Pain de vie exposé, dans le très Saint-Sacrement et dans la vie des plus pauvres parmi les pauvres" (Mère Teresa). Notre premier et principal devoir est la "contemplation des choses divines et l'union assidue avec Dieu dans la prière". C'est la première et principale action que Dieu nous demande. Cela nous permettra de toujours rivaliser avec la haine du "malin" et de le vaincre, de vaincre cette haine mentionnée dans la Genèse (3,15) et qui a éclaté lors de l'incident entre Caïn et Abel (Gn 4,9).
L'un des mots hébreux pour l'humilité signifie "s'exercer". Notre première et principale action est de cultiver, d'exercer notre vie spirituelle. L’examen de conscience, la lecture spirituelle, le chapelet, le chemin de croix, la confession fréquente, la participation à l'Eucharistie sont tous des actions importantes et fondamentales..
Conclusion. Il est certain que l'Assemblée générale n'est pas seulement un exercice de piété, qui caractérisa les débuts de l'Église. La prière n'est pas notre seul devoir, notre seule opportunité, mais elle est le premier et principal devoir, d'où découlent les autres.
Quel courage a été obtenu dans cette neuvaine originelle dans la chambre haute, le courage de résister, de lutter, de rivaliser pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes.
Quel courage il nous faut aussi, dans nos luttes ou nos angoisses, nos rancœurs et nos échecs. Mais, comme la Vierge et les apôtres, nous résisterons et, plus positivement, nous lutterons et rivaliserons pour le règne de Sa Divine Majesté.
Combien de situations difficiles, de défis et d'opportunités nous attendent, mais en tout cela nous ne sommes pas seuls, nous avons ces premiers gardiens de Jésus, ces premiers à avoir lutté, ces premiers à avoir pris soin de lui, en essayant toujours de faire ce que Dieu leur avait dit en premier, notre quatrième pilier originel, Joseph et Marie. Prions, en particulier maintenant dans notre chambre haute pour cette même expérience de Pentecôte. Loué soit Jésus-Christ !
Que Dieu vous bénisse.
11.10.23
Conférence aux LMC en septembre 2023
à Nazareth pendant l’Assemblée Générale des LMC
Mgr Víctor Mercado, directeur spirituel des LMC du Mexique et des îles Caraïbes.
Le chrétien est l'imitateur du Christ et donc la meilleure imitation du Christ, ce n'est pas revêtir ses vêtements ou porter des cheveux longs, ni utiliser ce qu’il y a de mieux ou porter une tunique. L'imitation idéale du Christ c’est de l'imiter dans le mystère pascal et le mystère pascal c’est la Passion, la Mort et la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ.
Alors, certainement, la passion est difficile, mais la passion est marquée par la Croix du Christ et la Croix est notre marque, elle a été mise sur nous le jour de notre baptême. Nous sommes libérés par la Croix, l'Agneau immaculé est mort sur la Croix et il a versé son sang pour nous.
Je me souviens de cette anecdote sur les brebis, c'est-à-dire du troupeau qui a beaucoup de brebis. Un jour, j’ai demandé à un berger en quoi cela consiste, pourquoi il a autant de brebis et il m’a dit alors : « Bon, regarde, il y a un phénomène, les brebis dont le petit meurt ne donnent pas leur lait aux autres et les petits agneaux qui naissent vivants mais dont leurs mères meurent, beaucoup meurent de faim.... Alors, ce que je fais, dit le berger, quand un agneau meurt, je lui coupe la veine jugulaire, je sors son sang et avec ce sang je lave l’agneau qui s’est retrouvé sans mère et ensuite je le porte à la brebis qui s’est retrouvé sans fils et la brebis l'accepte parce qu'elle sent le sang de son fils. C'est ainsi que nous avons été lavés et purifiés par le Sang du Christ. C’est ce qui fait de nous des fils du Père, c’est ce qui nous fait des temples vivants de l'Esprit Saint. C’est ce qui fait de nous des membres vivants de l'Église. C'est donc ce Sang Précieux qui nous invite à porter la croix, à souffrir avec le Christ, à mourir avec le Christ, mais pour ressusciter avec Lui.
On dit aux sœurs qu'elles sont épouses du Christ, mais du Christ crucifié, de telle sorte qu'être épouse du Christ peut être une flatterie, un orgueil, et comme l'orgueil ne peut exister puisqu'elles sont épouses du Christ crucifié, elles doivent alors ressembler en tout à Jésus et c'est pour cela le : "J'ai soif".
"J'ai soif" signifie que moi, avec ma vie, avec ma personne, avec mon travail, avec mes activités, je vais étancher la soif de Jésus, ce qui signifie : que je vais porter la croix du Christ chaque jour. Cela correspond alors à l'invitation du Christ : "Celui qui veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix et qu'il me suive".
MEDITATIONS DU PÈRE SAVERIO, directeur spirituel de Cagliari (Italie)
JESUS DANS LE PLUS PAUVRE DES PAUVRES.
NOTRE SECOND TABERNACLE : "C'EST À MOI QUE VOUS L'AVEZ FAIT"
INTRODUCTION
Ce matin, nous réfléchirons ensemble sur ce que l'on appelle le deuxième pilier du Mouvement des Laïcs Missionnaires de la Charité : "Jésus le plus pauvres des pauvres, notre deuxième tabernacle : "C’est à moi que tu l'as fait ».
Cette affirmation (c'est à moi que tu l'as fait) fait partie du passage du chant évangélique de Matthieu 25, 31 - 46, qui parle du jugement dernier. Les hommes sont séparés comme les brebis des boucs et seront jugés sur la charité envers les frères plus petits. Les deux groupes posent la même question à Jésus : "Quand t'avons-nous vu affamé, assoiffé, étranger, nu, malade ou en prison, et ne t'avons-nous pas secouru ?’’ Et la réponse de Jésus est claire et spécifique : "En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l’avez fait". Le tabernacle renvoie donc à la présence de Jésus dans les plus petits des frères et dans les pauvres nécessiteux.
Le service aux plus pauvres des pauvres pour ceux que l'on appelle les Laïcs Missionnaires de la Charité, est présenté dans les Statuts et le Chemin de Vie du numéro 28 au numéro 34. Dans ce même texte, qui parle du quatrième voeu, il est dit qu'il exprime :
1. Leur charisme particulier
2. L'appartenance familiale et l'interdépendance des Missionnaires de la Charité
3. Le type d'apostolat qui devra les engager
4. Le type de personnes qui sont appelées à être servies et la manière de servir.
Etant donné l'importance que les pauvres parmi les plus pauvres ont pour les Laïcs Missionnaires de la Charité, à partir de l'Ecriture Sainte, nous voulons découvrir cette catégorie privilégiée par Jésus.
LES PAUVRES DANS L'ANCIEN TESTAMENT
La naissance du peuple de Dieu est racontée dans le livre de l'Exode. Moïse, qui signifie "sorti de l'eau", après avoir passé quarante ans dans le désert de Madian, est envoyé par Dieu pour libérer Israël des Égyptiens. L'appel et l'envoi de Moïse ont lieu lors d'une apparition de Dieu dans un buisson qui brûle et ne se consume pas. Moïse obéit. Le livre de l'Exode raconte le passage du peuple qui traverse la mer Rouge, l'Alliance du peuple avec Dieu sur le mont Sinaï et le chemin dans le désert, d'une durée de quarante ans, jusqu'à la terre promise. La libération de l'Égypte sanctionnera la fin de l'esclavage. Israël est un peuple libre. En vertu de l'alliance du Sinaï, il devient le peuple de Dieu, libre et juste dans la fidélité à sa loi : les dix commandements. Nous attendons donc une Société parfaite. Nous nous demandons alors : ?comment est-il possible que l'on parle de pauvres dans les Ecritures ?
L’Évolution sociale
Israël a connu une évolution sociale au fil du temps, passant d'une civilisation nomade à une civilisation sédentaire dans des villages ou des villes. Dans la civilisation nomade, il y a plus ou moins de familles installées. La sédentarisation entraîne une profonde transformation sociale. Le centre social n'est plus la tribu, mais le clan installé dans une ville ou un village plus ou moins étendu.
On commence à parler des pauvres à partir du VIIe siècle, début de la monarchie, car au début de la sédentarisation, tous les Israélites jouissaient de la même condition sociale. Les richesses provenaient de la terre et étaient réparties entre les familles. A partir du huitième siècle, sous la monarchie, les choses changent malheureusement : on trouve le quartier des maisons riches, plus grandes et mieux construites, séparé du quartier où s'entassent les maisons pauvres. Comme l'annonce le prophète Samuel (1Sam 8, 10-22), avec la monarchie naît une classe de fonctionnaires qui profitent de leur administration et des faveurs que leur accordent les rois. C'est un temps où règne la prospérité, comme le montre Osée 12, 9 qui fait dire à Israël : "Je me suis enrichi, j’ai amassé une fortune" ; et Isaïe 2, 7 : ‘’Le pays est rempli d'argent, d'or et d'immenses trésors.’’
Les prophètes condamnent le luxe des habitations, Os 8,14 ; Am 3,15 ; 5,11 ; des banquets, Is 5,11-12 ; Am 6,4 ; des vêtements, Is 3,16-24, l'accaparement des terres qui accumulent maisons sur maison et champs conjoints aux champs, Is 5,8. Cette situation, où les richesses sont mal réparties, provoque le jugement sévère des prophètes : "S’ils convoitent des champs, ils s’en emparent ; des maisons ils les prennent ; ils saisissent le maître de sa maison, l’homme et son héritage" (Mi 2,2). Les riches spéculent et fraudent, Os 12.8 ; Am 8.5 ; Mi 2.1-ss ; les juges se laissent corrompre IS 1.23 ; Ger 5.28 ; Mi 3.11 ; 7.3 ; les créanciers sont implacables, Am 2.6-8 ; 8.6.
Aux riches s'opposent les faibles, les petits, les pauvres qui subissent des impôts lourds et insupportables. Les prophètes prennent la défense des pauvres, Is 3,14-15 ; 10,2 ; 11,4 ; Am 4,1 ; 5,12 ; Ps 82,3-4. La loi protège les pauvres : le Deutéronome, qui reflète cette période, promulgue le précepte de l'aumône et Dt 15, 7-11 oblige à rendre le gage aux pauvres avant le coucher du soleil. Chaque année sabbatique, le produit de la terre était laissé aux pauvres, Es 23,11 ; les dettes remises Dt 15,1 et, l'année du jubilé, une libération générale était proclamée, et chacun reprenait possession de son patrimoine, Lv 25,10. Deux axes de réflexion
Deux lignes de pensée
Face aux riches et aux pauvres, deux lignes de pensée contradictoires se profilent. Selon la thèse du salaire, la richesse est une récompense de la vertu et la pauvreté un châtiment (cf. Psaume 1,3 ; 112,1-3 ; Pr10,15-16 ; 15,6). Job protestera contre cette ligne de pensée.
Une autre ligne de pensée et de pratique part de l'expérience et des faits estimés par les prophètes, selon lesquels il y a des riches méchants, impies, oppresseurs des pauvres, alors que ces derniers sont aimés de Dieu, Dt 10,18 ; Pr 22,22-23. Dans cette ligne, le Messie espéré par les pauvres de Jahvé leur rendra justice, Is 11.4. La spiritualité du pauvre se développera dans la seconde partie d'Isaïe et dans le psautier post-hésylique.
Le pauvre aux multiples visages
D'après tout ce que nous avons lu et cité, le vocabulaire utilisé dans la Bible pour désigner le pauvre reflète des situations humaines contingentes. Ainsi, le pauvre est appelé "l'indigent", "le maigre", "le faible", "le mendiant", "l'abaissé", "l'affligé", "le persécuté". Ce sont les "anawim" aux multiples visages.
Le cri des pauvres qui monte aux oreilles de Dieu comprend la prière des persécutés, des malheureux, des affligés (Psaumes 9-10 ; 22 ; 25 ; 69). Les pauvres espèrent des lendemains meilleurs et attendent le salut de Dieu. Le pauvre est présenté comme le serviteur de Jahvé (Psaume 86) qui se réfugie en Dieu avec confiance, qui le craint, qui le cherche.
Les traducteurs grecs du psautier ont compris que les pauvres ne sont pas seulement ceux qui souffrent de la misère matérielle. Pour traduire 'anaw, ils ont souvent utilisé le mot prays, qui évoque l'idée de l'homme docile, tranquille même dans l'épreuve. Le mot 'anaw peut également être traduit par 'humbles' (Ps 10,17 ; 18 ; 28 ; 37,11 ; Is 26,5-ss).
LES PAUVRES DANS LE NOUVEAU TESTAMENT
Le messie des pauvres
Avec le début des béatitudes "Heureux les pauvres en esprit", Jésus veut faire reconnaître en eux les héritiers du royaume de Dieu : Cf. Jacques 2, 5 : " Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n'a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l'auront aimé ? ‘’ L'accomplissement des promesses est annoncé dans le Magnificat. Jésus apparaît alors comme le messie des pauvres, consacré par l'onction pour leur apporter la bonne nouvelle : "L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l’onction. Il m'a envoyé apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur" (Lc 4, 18-19).
Jésus lui-même se fait pauvre : Bethléem, Nazareth, la vie publique, la croix sont des formes différentes de la pauvreté du Verbe fait chair. Jésus invite tous ceux qui souffrent, fatigués et opprimés, à venir à lui, doux et humbles de cœur.
La pauvreté spirituelle
Si, dans l'Ancien Testament déjà, la pauvreté est considérée comme une dimension spirituelle, les disciples de Jésus participent également à cet appel : ‘’Heureux les pauvres en esprit" (Mt 5,3), c'est-à-dire ceux qui ont une âme pauvre.
Jésus exige de ses disciples le détachement intérieur des biens temporels afin de pouvoir rechercher les vraies richesses (cf. Mt 6, 24-33 ; 13,22). Les pauvres en esprit, les 'anawim, sont conscients de leur pauvreté spirituelle et savent qu'ils ont besoin de l'aide de Dieu (cf. Lc 18,9-14). Ils sont comme des enfants, confiants en Dieu et c'est pourquoi le Royaume de Dieu leur appartient.
La pauvreté de fait
La pauvreté spirituelle suffit-elle ou la pauvreté effective est-elle nécessaire, signe de détachement intérieur ? Jésus met en garde contre le danger de la richesse. À ceux qui veulent le suivre de près, Jésus demande une pauvreté volontaire et effective.
Et pour ceux qui n'ont pas choisi et qui se retrouvent pauvres ? Eux aussi sont bénis dans le royaume de Dieu à condition d'accepter leur sort et de rester généreux dans l’indigence (voir Lc 16,19-25).
Le service des pauvres
La misère est une condition qui doit être combattue par la justice sociale : ceux qui ont plus doivent aider ceux qui sont dans le besoin. Le service des pauvres est une expression de notre amour pour Jésus : en eux, nous l'aidons vraiment en attendant son retour (Mt 25, 34-46). Toute l'Écriture met en évidence un Dieu qui se penche sur la souffrance des pauvres.
LES PAUVRES DANS LE COEUR DE MÈRE TERESA DE CALCUTTA
Comment Mère Teresa voyait-elle les pauvres ? Laissons-la parler elle-même :
"Lorsque je ramasse une personne affamée dans la rue, je lui donne une assiette de riz, un morceau de pain, je satisfais et j'apaise cette faim. Mais pour une personne marginalisée, qui se sent non désirée, non aimée, effrayée, qui a été rejetée par la société, ce type de pauvreté est vraiment très douloureux et je trouve que cela très douloureux. Il y a beaucoup de gens qui ont faim d'amour : des personnes âgées, des handicapés, des malades mentaux, des gens qui n'ont personne, personne qui les aime. Peut-être que ce type de faim est également présent dans votre foyer, dans votre famille, où il y a peut-être une personne âgée ou malade.
Avez-vous déjà pensé que vous pouvez montrer votre amour pour Dieu même en donnant un sourire, en offrant un verre d'eau ou en vous arrêtant pour discuter ? Il y a beaucoup, beaucoup de personnes de ce type dans les pays riches. Il y en a réellement beaucoup.’’
À la lumière de ce que nous venons d'entendre de Mère Teresa, on comprend, comme le dit le statut de ma vie dans le livre édité par Adolfo Costa et Don Corrado Vitali : "que le service auquel est appelé le Laïc Missionnaire de la Charité est avant tout et surtout envers des personnes spéciales, que les autres ne voient pas, qui ne les intéressent pas, que souvent les autres ignorent et qui sont pour moi les meilleures, ce sont des amis, ce sont les maîtres, elles sont Jésus".
CONCLUSION
Au terme de ce parcours, nous pouvons dire que les pauvres sont une catégorie de personnes victimes d'injustices sociales condamnées et dénoncées par les prophètes de tous temps. Nous avons découvert les multiples visages de la pauvreté : matérielle, morale et spirituelle. C'est à cette catégorie de personnes, miséreuses et humbles, que Dieu adresse ses plus tendres prédilections. Le Messie qu'ils attendent sera le Messie des pauvres et Jésus sera la réalisation de ces attentes que Marie chantera dans son Magnificat.
Le charisme de Mère Teresa de Calcutta exprime donc la passion pour les plus pauvres des pauvres que les Laïcs Missionnaires de la Charité sont appelés à servir sur leur lieux de vie et de travail.
RÉSUMÉ
Jésus dans le plus pauvre des pauvres. Notre Deuxième tabernacle : "C'est à moi que vous l'avez fait"
Introduction 1
Les pauvres dans l'Ancien Testament 2
L’Évolution sociale 2
Deux lignes de pensée 3
Les pauvres aux multiples visages 3
Les pauvres dans le Nouveau Testament 4
Le Messie des pauvres 5
La pauvreté spirituelle 5
La pauvreté de fait 5
Le service des pauvres 5
Les pauvres dans le cœur de Mère Teresa de Calcutta 6
Conclusion 6
10.10.23

1er Pilier Assemblée Générale à Nazareth 12-19 septembre 2023
Jésus, pain de vie par le Père Audace Ndayishimiye
Introduction.
Dans sa lettre apostolique "Mane nobiscum Domine, Reste avec nous, Seigneur", saint Jean-Paul II insiste sur la présence réelle et unique de Jésus dans l'Eucharistie.
Le pape Benoît XVI, lors de la messe dans la basilique Marie Majeure, en la fête du Corpus Domini, dit qu'au terme de ce grand mystère, qui est le cœur de la foi de l'Église, le prêtre proclame : Le mystère de la foi : Le mystère de la foi. En effet, lors de la consécration, le pain et le vin deviennent le corps et le sang de notre Seigneur", une réalité qui dépasse toute compréhension humaine. C'est pourquoi de nombreuses personnes ont du mal à accepter la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie.
Saint Paul VI disait que la présence sacramentelle du Christ dans le sacrifice eucharistique est le plus grand de tous les miracles !
En effet, lors de la consécration, le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ, ce que l'on appelle la transsubstantiation. C'est un miracle du Tout-Puissant, que nos yeux ne peuvent pas voir : le pain consacré n'est plus du pain mais le corps du Christ. Ce n'est un miracle qu'au niveau sacramentel, même s'il conserve les propriétés physiques du pain. C'est pourquoi les personnes souffrant d'intolérance au gluten recevront une autre sorte d'hostie.
Saint Pierre Julien Eymard, l'apôtre de l'Eucharistie, avait l'habitude de dire : "La consécration est le plus grand de tous les miracles : un prêtre, homme dans toute sa misère humaine et pécheur, donne à son Créateur une vie sacramentelle. Ce prêtre renouvelle le miracle de la Sainte Cène".
Saint Augustin dit : "Celui qui m'a créé sans moi, est créé par moi".
Quelques témoignages. Ils montrent que Jésus, dans le Pain de vie, continue à faire toutes sortes de miracles physiques et spirituels, en réponse aux prières de son peuple pour tout besoin, même matériel. Jésus a fait des miracles non seulement en son temps, en Israël, mais il continue à en faire aujourd'hui encore, de génération en génération (cf. Lc 1,50).
- Un miracle spirituel : ma communion indigne. Après la crise politique au Burundi en 1993, j'ai décidé de me convertir, mais sans me confesser parce que je pensais que les prêtres étaient aussi des pécheurs. Je me suis repenti intérieurement, du fond du cœur, comme beaucoup de protestants, et j'ai continué à recevoir la communion. Un dimanche, pendant la messe, alors que je me préparais à communier, j'ai ressenti une lutte intérieure entre un esprit qui me disait de ne pas communier sans avoir reçu l'absolution d'un prêtre et un autre esprit qui me poussait à communier puisque j'étais intérieurement repenti. J'ai communié mais l'hostie s’est coincée dans ma gorge. Dès que je me suis souvenu de la lutte intérieure, parce que j'aurais pu être indigne de recevoir la sainte communion, l'hostie est immédiatement descendue de ma gorge. Après la messe, je n'ai pas accordé beaucoup d'importance à ce fait.
Mais le Seigneur continua à m'éclairer par la neuvaine de la Divine Miséricorde. Le deuxième jour, le Seigneur demandait à Sainte Faustine de lui amener les âmes des prêtres et des religieux, parce qu'ils lui ont donné la force de supporter la Passion et qu'à travers eux, Il répand sa miséricorde sur l’humanité.
Le soir du même jour, j'ai ouvert la Bible et le passage de saint Jean m'est venu en aide, où l'évangéliste dit :"Il souffla sur eux et leur dit : 'Recevez l'Esprit Saint'. A qui vous remettez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront retenus" (Jn 20, 22-23). Ce fut une confirmation de mon expérience lors de la sainte communion. Je désirais déjà être prêtre, mais après cette expérience, mon désir s'est accru.
- Une demande d'aide matérielle. Une jeune fille de ma paroisse est venue me demander une aide matérielle pour payer ses dettes. Je lui ai suggéré de se tourner vers Jésus dans la prière et de lui demander son aide. La jeune fille s'est alors rendue à l'adoration eucharistique, qui a lieu tous les jeudis pendant toute la journée, et a demandé à Jésus de l'aider pour trouver l'argent pour payer ses dettes. Le lundi suivant, elle a été choisie pour participer à un séminaire de dix jours, où les participants recevraient 20 000 francs par jour. Avec cet argent, elle pouvait payer toutes ses dettes. Jésus a entendu le cri de son enfant dans la foi et lui a accordé le miracle. Pour les chrétiens, il n'y a pas de coïncidences, mais une intervention divine pour ceux qui croient.
- Une guérison physique. En 2017, lors d'une retraite à un groupe charismatique, j'essayais de réveiller à nouveau dans le cœur des gens la conscience de la présence réelle de Jésus dans le Saint Sacrement, en leur parlant des miracles eucharistiques reconnus par l'Église. Après la sainte messe, nous sommes allés à l'adoration eucharistique. Une jeune fille m'a ensuite raconté qu'elle avait ardemment demandé à Jésus dans l'Eucharistie de guérir sa jambe, dont on avait diagnostiqué qu'elle devait être amputée à cause d'un cancer, car elle ne voulait pas passer le reste de sa vie sur une chaise roulante. Plus tard, lors de sa visite préparatoire à l’intervention chirurgicale, les médecins n'ont plus trouvé de cellules tumorales et l'amputation a été annulée.
2) De l'Eucharistie au service des pauvres. La veille du Jeudi Saint, Jésus a uni le sacrement de l'Eucharistie au service des frères. Il s'est levé de la table de l'Eucharistie pour aller à la table du service, car les pauvres nous rappellent les paroles de Jésus : "C'est à moi que vous l'avez fait" (Mt 25, 40).
Saint Jean Chrysostome était contre les chrétiens qui honoraient le Christ sur l'autel et méprisaient le corps du Christ dans les pauvres. "Le corps du Christ sur l'autel n'a pas besoin de manteaux, mais d'âmes pures, tandis que le pauvre qui est à l'extérieur a besoin de beaucoup de soins".
Malheureusement, les riches reconnaissent facilement reconnaître le corps du Christ dans l'Eucharistie, mais ils ne reconnaissent pas le corps du Christ caché dans les "tabernacles" des nécessiteux, des personnes qui souffrent et sont seules.
Notre chère Mère Teresa nous invite à voir et à aimer Jésus dans les pauvres. Elle avait l'habitude de dire : "Les pauvres sont un don de Dieu pour nous ; Jésus est si proche que nous pouvons le toucher. Lorsque nous touchons Jésus malade, nous touchons son corps souffrant, en oubliant toute répugnance humaine. Nous avons besoin de foi pour voir le Christ dans la souffrance déguisée des pauvres, dans leurs vêtements sales, sous lesquels Jésus se cache.
Nous devons approcher les pauvres avec respect et dévotion. Mère Teresa avait l'habitude de dire : "Nos mains doivent être pures comme celles du prêtre lorsqu'il élève le Christ sur l'autel. Comme il soulève l'hostie avec foi et dévotion, nous devons aussi soulever le corps de nos pauvres avec la même foi, et Jésus recevra nos actions comme s'il les avait faites pour lui-même.
Notre apostolat aura plus de valeur si nous le faisons sans chercher de récompense, mais seulement pour témoigner de la sollicitude de Dieu pour nos frères souffrants. Mère Teresa avait l'habitude de dire : "Je crois aux paroles de Jésus : 'C'est à moi que vous l'avez fait.’ La joie et le but de ma vie sont de l'aimer et de Le servir sous le déguisement affligeant des personnes défigurées, affamées, assoiffées, nues, sans abri, et le faisant, je proclame son amour et sa compassion à l'égard de mes semblables, les hommes et les femmes qui souffrent". Pour trouver le Christ, il n'est pas nécessaire de faire de grandes choses, mais il suffit de fleurir là où nous sommes plantés, en faisant les choses ordinaires de notre vie quotidienne. C'est cela l'amour en action : connaître les pauvres près de nous, dans notre famille. Lorsque nous les trouvons, aimons-les et servons-les, que ce soit en leur lisant le journal, en gardant les enfants lorsque les mères vont travailler, etc. Nous sommes les instruments de Dieu. Rappelez-vous : "C'est à moi que vous l'avez fait".
3) Le Pain de vie dans la vie des Missionnaires de la Charité et des Laïcs Missionnaires de la Charité.
Selon les mots de Mère Teresa, chaque Missionnaire de la Charité doit être en relation étroite avec Jésus dans la Sainte Communion et à travers le Saint Sacrement, parce que Jésus, dans le Pain de Vie, est la source de l'amour et de la force pour le service des pauvres, et par sa présence il étend l'Incarnation jusqu'à la fin du monde.
- L'Eucharistie comme source d'amour et force pour le service des pauvres.
Le service des Missionnaires de la Charité et des LMC n'est pas un travail social. Comme Pierre et Jean, ils donnent aux pauvres la perle la plus précieuse qu'ils possèdent, c'est-à-dire la foi en Jésus-Christ : "De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j'ai je te donne: au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, lève-toi et marche" (Ac 3,5). Beaucoup de gens avaient donné des pièces au boiteux, mais il était toujours là à mendier. Grâce à la foi en Jésus, il est guéri et peut maintenant travailler et gagner sa vie !
Mère Teresa avait l'habitude de dire : "Pour pouvoir donner Jésus, nous devons avoir Jésus. Les gens ont faim non seulement de pain, mais aussi d'un amour compréhensif, ils veulent Jésus dans leur vie, et nous avons la responsabilité de leur donner Jésus. Notre journée commence par la Sainte Messe et, si nous ne sommes pas capables de voir et de croire en Jésus dans le Pain de vie, nous ne serons pas capables de voir Jésus dans le déguisement affligeant des pauvres".
Il n'est pas possible d'être Missionnaires de la Charité et Laïcs M.C. si nous ne sommes pas des âmes de prière. Notre travail est vraiment apostolique si nous laissons Jésus agir en nous et à travers nous, avec sa présence et son amour.
- L'Eucharistie comme prolongement de l'Incarnation rédemptrice.
La preuve du grand amour de Dieu est qu'il a envoyé son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne meure pas mais ait la vie éternelle (cf. Jean 3,16). La grande preuve de son obéissance au Père et de son amour pour les hommes est qu'il a donné sa vie pour ceux qu'il aimait (cf. Jn 15,13).
Jésus ne nous a pas abandonnés, mais il a trouvé le moyen de rester avec nous. Mère Teresa avait l'habitude de dire : "Si nous regardons la Croix, nous savons combien Jésus nous a aimés, mais si nous regardons le tabernacle, Jésus dans le Pain de vie, nous savons combien Jésus nous aime maintenant".
Conclusion.
Je conclurai par les mots de Mère Teresa : "L'Eucharistie est notre gloire et notre joie. Nous ne pouvons pas être saints sans Jésus. C'est pourquoi Jésus est devenu le Pain de vie pour étancher notre soif de Dieu, notre soif de sainteté".
Je ne voulais pas parler d'explications théologiques, car elles ne toucheraient pas le cœur. Le cardinal Newman a dit : "Cor ad cor loquitur, le cœur parle au cœur. J'ai donc partagé ma contemplation amoureuse de l'Eucharistie en tant que sacrement de l'amour, qui ouvre notre cœur au service des pauvres, et en tant que prolongement de l'Incarnation pour nous donner la joie de vivre et l'amour du service.