01.01.15
Noël 2014
Chers frères et sœurs bien-aimés en Jésus, Marie et Joseph,
Liturgiquement et humainement parlant nous célébrons un des plus beaux et des plus joyeux temps de l'année, Même si nous avons le temps de l'Avent pour nous préparer au grand événement de Noël, son esprit est très différent du temps de Carême. Le Carême est plus un temps de sacrifice, de pénitence et de prière. Selon le canon 1250 : « Les jours et temps de pénitence sont, pour l'Église universelle : tous les vendredis de l'année et le temps du Carême ». Le temps de l'Avent n'est pas inclus. Je ne sais pas comment vous avez tous vécu le temps de l'Avent. Nous nous souvenons avec gratitude et des souvenirs purifiés de ce qui est passé. Vivons le présent avec joie et enthousiasme.
Pour notre réflexion ce matin j'aimerais prendre une des prières la plus simple et encore la plus commune qui nous est si familière : la prière de l'Angélus, que nous prions trois fois par jour dans nos communautés et que des catholiques pratiquants prient encore dans certaines parties du monde au moins une fois par jour.
La récitation de l'Angélus est accompagnée de la sonnerie des cloches dans les églises et dans les communautés religieuses. Bien que la prière soit simple et fréquente, la réalité qu'elle exprime est très liée au mystère. Chaque fois que nous entendons la cloche de l'Angélus, nous sommes appelés à réfléchir sur le mystère insondable de Dieu qui se fait homme pour vivre parmi nous.
La prière de l'Angélus traite directement de l'intervention divine dans l'histoire humaine ; elle traite directement de l'événement de l'Incarnation.
Le premier verset de l'Angélus traite du fait historique : comment s'est passée l'Incarnation :
« L'Ange du Seigneur apporta l'annonce à Marie et elle conçut du Saint Esprit »
Ici je voudrais revenir au livre de la Sagesse, au chapitre 18, versets 14-19, plus particulièrement aux versets 14 et 15. Je voudrais citer deux versets du livre de la Sagesse, afin que chaque fois que nous récitons la prière de l'Angélus nous la disions non simplement comme une prière formelle, mais que nous la prions avec beaucoup de respect, de crainte de plus en plus respectueuse et une attitude d'adoration. Plus nous comprenons pourquoi l'Église nous demande de nous souvenir de ce mystère trois fois par jour, et pourquoi les cloches de l'église, du couvent et du monastère sonnent trois fois par jour, et finalement pourquoi les cloches sonnent chaque fois vingt quatre fois, plus nous sommes capables de vivre le grand mystère dans nos vies. Nous devenons aussi plus reconnaissants envers Dieu pour son incroyable condescendance.
« Un silence paisible enveloppait toute chose, et la nuit de la Pâque était au milieu de son cours rapide ; alors, du haut du ciel, venant de ton trône royal, Seigneur, ta Parole toute-puissante fondit en plein milieu de ce pays de détresse, comme un guerrier impitoyable, portant l'épée tranchante de ton décret inflexible... » (Sg 18,14-15).
Ce passage est très dramatique et nous invite à la ville de Nazareth, nous invite dans la maison de Marie, la servante du Seigneur, qui a non seulement ouvert ses bras, non seulement ouvert son cœur, mais ouvert son sein. En un mot, la Vierge de Nazareth fiancée à Joseph a accueilli le Verbe Éternel de tout son cœur, son esprit, son âme, son corps et sa force. Elle a été choisie, bénie, prédestinée, et préservée et préparée même avant la fondation du monde à être la Mère de Dieu. Ici nous avons le mystère de tous les mystères, la vérité de toutes les vérités, l'événement de tous les événements.
Il n'est pas étonnant, alors, que l'Église veuille que tous les croyants se souviennent du grand événement de l'Incarnation non pas comme un événement passé mais comme une partie de notre vie de chaque jour. Réciter l'Angélus signifie, alors, nous immerger dans « l'histoire de l' Emmanuel » et avoir l'attitude et l'ouverture de Marie et de Joseph, être prêts à accepter et à faire la volonté divine.
Trois fois par jour nous disons avec nos lèvres : « Qu'il me soit fait selon ta parole ». Et alors quand il nous demande quelque chose de difficile à travers « l'ange de notre supérieur ou de notre responsable », nous sommes souvent contrariés, au moins intérieurement, oubliant ce que nous avions dit ou peut-être ce que nos lèvres avaient prononcé plus d'une fois le même jour :
« Qu'il me soit fait selon ta parole ». Est-il possible, alors, pour nous de recommencer à partir d'aujourd'hui à faire plus attention à ce que nous prions, et en particulier à la prière de l'Angélus ?
Il y a aussi un autre aspect important à considérer quand nous récitons l'Angélus. Est-ce que vous savez qu'il y a une relation très forte entre l'Angélus, le mystère de l'Incarnation, et le mystère de l'Eucharistie ? A la réponse inconditionnelle de Marie à l'Ange dans une foi parfaite, le Logos éternel a fait sa demeure dans le sein virginal de Marie. Le Verbe ne devient plus jamais chair de cette façon. Ce fut un événement une fois pour toutes : Hapax. Cela ne pouvait arriver qu'une seule fois.
Mais chaque fois que le prêtre célèbre la messe, pendant la consécration il prononce les paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang , le pain et le vin ne sont plus les mêmes, mais ils deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ. Chaque fois que nous célébrons l'Eucharistie, « l'histoire de l 'Emmanuel » non seulement se répète, mais elle se renouvelle, se revit. Le travail de la rédemption n'est plus alors un événement passé mais il devient une réalité présente, un nouveau Noël.
La substance du pain et la substance du vin ne sont plus les mêmes mais le corps de Jésus et le sang de Jésus. Cela s'appelle la transsubstantiation. St Augustin, le grand docteur de l'Église, dit que dans l'Incarnation Dieu a caché sa divinité. Dans l'Eucharistie il cache sa divinité et son humanité. « Les sens ne peuvent pas saisir cette merveille, la foi doit venir compenser ».
Prions pour que notre Dame nous aide à avoir sa foi, son empressement à faire la volonté de Dieu, sa charité pour aller en hâte sur les routes et au coin des rues de nos grandes métropoles prendre soin de notre prochain dans le besoin, être de bons Samaritains. Notre Dame n'est pas allée chez Élisabeth avec son grand titre de Mère de Dieu mais comme l'humble servante du Seigneur. Elle n'a pas pris d'abord le temps de se reposer et de se relaxer, mais elle est partie en hâte. Elle a dû courir aussi vite qu'elle pouvait, même si les routes étaient cahoteuses es et sombres. Le feu de l'amour en elle l'a fait courir sans compter le coût et sans chercher de repos ni de récompense.
Ne prions-nous pas chaque jour : « Allume dans nos cœurs le feu de ton amour divin... allume avec le feu qui vient d'en haut chaque sens, et emplis nos cœurs d'amour... » ? Prions pour que, comme nous vieillissons et que les jours passent,nous ne devenions pas mois fervents et paresseux. Le saint père le pape Benoît XVI appelle cet état « la saine inquiétude ».
« L'Ange du Seigneur apporta l'annonce à Marie, et elle conçut du Saint Esprit.
Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole.
Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous » .
En conclusion, j'aimerais exprimer ma sincère gratitude à Dieu pour vous, chers frères et sœurs bien-aimés, pour votre aide et votre coopération dans l'œuvre de Dieu pendant l'année 2014.
En retour de tout ce que vous avez été pour nous et pour nos pauvres gens, et tout ce que vous avez fait nous offrons nos humbles mais incessantes prières pour vos intentions. Que le bon Dieu vous récompense en abondance. « La mesure pour aimer Dieu et notre prochain est de l'aimer et d'aimer notre prochain sans mesure ».
A tous une Nouvelle Année 2015 remplie de paix. Amitiés et prières.
Que Dieu vous bénisse.
Père Sébastien Vazhakala M.C.
30.12.14
8 décembre 2014
Maison-mère, Calcutta
« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Mt 5,9
Mes chers Coopérateurs, actifs et souffrants, Laïcs Missionnaires de la Charité et Volontaires,
Le 9 novembre est marqué par la chute du Mur de Berlin il y a 25 ans. Le saint Père le Pape François a commenté : « Nous avons besoin de ponts, pas de murs . Là où il y a un mur, il y a un cœur fermé ».
A Noël nous nous réjouissons de l'Incarnation de Jésus, le Fils de Dieu, qui unit dans Sa Personne Dieu et l'homme. Il est le pont qui s'étend par-dessus le vide qui nous a séparés de Dieu.
Il a aboli le mur de division en assumant notre nature humaine. Il nous fait participer à Sa Divinité à travers les Sacrements.
A Noël nous contemplons l'Amour dans l'Enfant Jésus faible et humble, qui attire tous les hommes à Lui. L'Amour ouvre les cœurs fermés et fait tomber les murs de division. Les Missionnaires de la Charité, une famille religieuse internationale, avec vous tous, nous sommes des témoins de l'amour indivisible de la Trinité.
La présence de notre Mère (Teresa), sa bonté, sa compassion et sa sagesse infusée par Dieu, a apporté la paix et la réconciliation aux individus, aux familles et aux groupes conflictuels. Pendant les affrontements hindous-musulmans à Calcutta en 1963, elle s'est rendue tous les jours dans un camion de l'Armée pour prendre les corps morts des Musulmans et les amener de Kalighat à leurs lieux de sépulture. Le 2 janvier 1991 elle a écrit une lettre au Président Bush et au Président Saddam Hussein les suppliant de choisir le chemin de la paix. Notre Mère ne jugeait pas, et ne critiquait pas non plus : elle aimait et mettait son amour en action. Elle est devenue un symbole d'unité. Dans notre monde d'aujourd'hui nous devons tous devenir de plus en plus des canaux de paix et d'unité.
« c’est un malade de la discussion et des querelles de mots. De tout cela, il ne sort que jalousie, rivalité, blasphèmes, soupçons malveillants, » (Tm 6,4). Pour ce Noël méditons en silence la Parole de Dieu dans nos cœurs comme Marie et concentrons-nous sur Jésus doux et humble.
Je rends grâce à Dieu d'avoir donné à nos sœurs l'opportunité de rester avec nos pauvres pendant le bombardement au Moyen Orient et en Lybie, et pendant l'épidémie du virus Ebola en Afrique. Pour la gloire de Dieu que les prières et les souffrances des pauvres obtiennent la paix sur la terre pour toutes les personnes de bonne volonté. Les paragraphes suivants sont des extraits des lettres que nos sœurs au Moyen Orient m'ont adressées :
Amman, Jordanie : Nous sommes si privilégiées de vivre en ces « Lieux saints », et en ce temps de grâce ! Nous sommes heureuses de partager pleinement avec nos pauvres qui sont depuis des années dans ces lieux de guerre, de persécution, de martyr et de tension. Nous voulons vous dire de ne pas vous inquiéter pour nous car nous voulons vivre et mourir pour Jésus, avec Jésus et comme Jésus. Nous sommes sûres que nous recevons de la force et de nombreuses grâces dans ces lieux saints où des saints et des martyrs ont donné leurs vies pour le Christ et surtout de notre Mère du Ciel. Nous demandons à Jésus chaque jour de nous donner la foi et la force de mourir à nous-mêmes afin de devenir une moisson pour Lui pour qu'Il puisse continuer à donner la vie aux hommes à travers nous.
Gaza, Palestine : Une nuit à 22h, on nous a dit qu'une bombe allait nous toucher dans 10 minutes. Nous avons amené rapidement nos enfants dans l'enceinte de l'église où nous sommes restées pendant deux heures mais ensuite nous sommes retournées dans notre maison quand nous avons entendu que l'avion ne bombarderait que la zone autour de notre maison. Une autre fois les militaires nous ont téléphoné à minuit en nous ordonnant d'évacuer. Deux sœurs sont allées voir le prêtre et les deux autres sont restées prier. Le prêtre a contacté le Patriarche qui nous a dit : « Restez où vous êtes mais dans le sous-sol de votre maison. » Nous avons transporté nos 28 enfants gravement handicapés au niveau le plus bas où nous sommes restées au plus fort de la guerre pendant 3 semaines. L'Armée nous a appelées 5 fois pour évacuer mais nous ne l'avons pas fait. Chaque fois qu'une bombe tombait, les enfants épileptiques avaient une attaque. Nous avions la messe tous les jours à 18h. Nous étions au centre de la guerre avec quatre tunnels sous notre maison. La lumière satellite se trouva sur nous pendant 3 jours pour qu'ils sachent où nous nous trouvions. Nous faisions des provisions pendant les cessez-le-feu. Nous avons amené chez nous nos femmes âgées de Nirmal Hriday (la maison pour les malades) qui se trouve de l'autre côté de la route. Nous n'avons pas été touchées par les bombes. A la fin du mois, pendant 3 jours de cessez-le-feu, le prêtre nous a emmenées voir Gaza : tout était détruit autour de nous ! Notre Dame nous a gardées en vie et notre maison est debout : un vrai miracle !
Alep, Syrie : Le 15 janvier 2013, nous finissions de déjeuner quand nous vîmes de la poussière et des pierres voler à l'extérieur. La maison trembla. Avec l'aide des pères du Verbe Incarné nous avons déménagé nos patients. Notre maison était pleine de pierres, de boue, d'asphalte, de verre partout. Cela nous a pris presque 4 jours pour nettoyer la maison et les alentours. Nous fûmes d'abord effrayées mais les prières de toutes les sœurs nous ont soutenues, nous avons donc pu continuer à faire Son œuvre au milieu de la peur, en plaçant toute notre confiance en Lui. Aucune des sœurs n'a demandé à être déplacée. Au contraire, chacune a soutenu l'autre. Nous étions heureuses d'avoir moins en toute chose. De 2012 à 2014, nous n'avons pas pu voyager même pour notre retraite annuelle à cause des enlèvements. Nous remercions Notre Dame d'être toujours une Mère aimante pour nous !
Les sœurs au Liban ont écrit : Quand les troubles éclatèrent à Arsal, le village le plus proche de la Syrie, les évêques catholiques demandèrent 3 messes par jour à chaque prêtre, 3 jours de jeûne dans tout le pays, et l'adoration dans de nombreuses églises et Sanctuaires jour et nuit ; on pria des chaînes de rosaires, et il fut demandé à chaque famille d'allumer une bougie et de la placer dans la véranda ou à la fenêtre. Le mardi soir, le cessez-le-feu était en vue et le mercredi tous les otages sont revenus et les militants se retirèrent en Syrie. Le jeudi un jour d'action de grâces fut proclamé. Le Te Deum fut entonné à toutes les messes ; des adorations et des chaînes de rosaires furent offertes en action de grâces pour l'intervention de Notre Dame. On signala un miracle à Arsal d'un jeune homme qui prit une photo d'une maison bombardée et de la fumée sortait. Un de ses amis remarqua que Notre Dame apparaissait dans cette fumée avec le même visage qu'à Harissa (Sanctuaire de Notre Dame du Liban). Le jour suivant un accord fut annoncé !
La Parole de Dieu nous remplira de générosité et d'énergie pour payer le prix, pour se donner la peine de construire le pont de la paix et de l'unité dans notre famille et parmi les personnes qui se trouvent là où nous vivons. La joie de notre très chère Mère (Teresa) sera totale quand elle vous verra tous dans vos familles et dans votre voisinage un seul cœur plein d'amour autour de la crèche en ce Noël.
Je prie pour vous pour que Jésus trouve un maison chaude dans votre cœur et dans votre famille. Que la nouvelle année 2015 qui arrive soit remplie de l'amour, de la paix et de la joie de Dieu. S'il vous plaît, priez pour moi.
Que Dieu vous bénisse
Sr Prema m.c.