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16.01.21

French (FR)   Lettre de père Sébastien Noël 2020  -  Categories: Père Sebastien, Année Jubilaire  -  @ 14:11:07

Noël 2020

«  Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu…
Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous »
(Jn 1, 14)

Chers frères et sœurs bien-aimés,

Que la grâce, la paix et la joie de Noël remplissent nos cœurs en abondance pour l'anniversaire de notre Sauveur. Essayons d'avoir en ce Noël les mêmes sentiments et le même esprit qu’avaient Marie et Joseph !!!

Jésus qui est né dans la maison du pain (c'est le sens du mot Bethléem), devient le Pain de vie dans chaque célébration eucharistique. Jésus qui était enveloppé de langes est maintenant enveloppé de fibres de blé. Jésus qui était couché dans une mangeoire, où les animaux étaient nourris, n'est plus seulement notre mangeoire, mais il devient notre nourriture et notre boisson. Quel mystère d'Amour insondable !

Noël est une fête de joie et de paix. Pourquoi ? Parce que Noël est une fête de rupture et de partage. Dieu lui-même a donné son Fils unique au monde, particulièrement au monde des pauvres. Plus nous partageons avec nos pauvres, plus nous éprouvons de joie et de paix. « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir» (Actes 20,35)

« Arrêtez ! Sachez que je suis Dieu ». Ce verset du Psaume 45 m'a frappé lorsque j'ai ouvert ma Bible au hasard ; et je me suis rendu compte que le Seigneur me dit (nous dit) de cesser toute activité mouvementée, de prendre un moment pour moi-même pour faire une pause, surtout en ce temps de l'Avent et de Noël. Ce n'est qu’en entrant dans le sanctuaire intérieur de notre être que nos yeux commenceront à s'ouvrir et que nous verrons le Seigneur de notre propre être, secrètement assis dans son renfoncement le plus profond. Là, nous tombons à genoux dans une profonde adoration devant le Dieu insondable, qui dans la plénitude des temps est descendu de son propre monde de gloire à un monde voué à la destruction (Sagesse 18,15) sous l’apparence d'un bébé faible et minuscule. Un esprit humain peut-il saisir cette indescriptible condescendance du Tout-Puissant ! Les mots humains sont insuffisants pour traduire le sens et la signification de cet acte divin. Et pourtant, jour après jour, cette condescendance, cette kénose (se vider soi-même), ce Noël se passe à travers le monde de mille et une façons.

Faites une pause. Prenez votre temps et regardez le sacrement de l'Eucharistie, par exemple ; c'est un vrai Noël… la descente d'un Dieu sur l'autel pour devenir pour nous nourriture et boisson. L'homme, et lui seul, est la préoccupation de Dieu. Dieu travaille sans relâche et inlassablement à son plan de salut pour l'homme déchu. En faisant une mauvaise utilisation du don le plus précieux qu’est sa liberté, l'homme est constamment tenté de s'éloigner de la maison du Père. Un Dieu miséricordieux et généreux avec une patience infinie et un amour tendre attend le retour de ses «prodigues».

Nous vivons dans un monde complexe fait de nombreuses contradictions. Il y a un cri de bataille constant pour la paix et la justice, dans un monde de haine et de guerre. La violence est devenue la prérogative de l'homme, sa façon de vivre et de survivre. La plus grande partie de la vie de l'homme est contrôlée par la peur ! Les gens ne se font presque plus confiance. Poussée par la tyrannie et la peur, une mère tue son propre enfant quand aucune résistance ou défense n’est possible… une victime sans défense si brutalement attaquée. L'humanité se dirige vers une folie atroce. Dans un monde comme le nôtre, lorsque le matérialisme a le plus haut pouvoir et le dernier mot, toutes les valeurs spirituelles et surnaturelles s'effondrent. Pour les matérialistes, les valeurs surnaturelles sont un obstacle au progrès et à la prospérité. Le monde s'éloigne de plus en plus de son véritable centre, avec comme conséquence tant d'insécurité, de peur et de méfiance. À la recherche d'une vie meilleure et plus confortable, l'homme remplace Dieu par les choses matérielles et finit par se retrouver dans le désespoir total. Même la fête de Noël est devenue un événement commercial, un temps pour gagner plus d'argent, un temps pour les entreprises compétitives. Elle a si tristement perdu son esprit d’origine, sa beauté et sa simplicité, son sens et sa signification. Qui aura le courage de relever le défi de tenter de raviver l'esprit originel de Noël ?

Faites une pause. Prenez votre temps et voyez se vider de lui-même un Dieu qui se rend visible et vit parmi nous sous la forme de nos grands-parents ou de personnes âgées, sous la forme de nos enfants ou de nos parents, sous la forme d’un mari ou d’une épouse, sous la forme des plus pauvres des pauvres, ou sous la forme des riches et des personnes aisées… Souvent, nous sommes comme les disciples d'Emmaüs (Lc 24) : nous ne Le reconnaissons pas, car nous vivons dans notre propre monde d'idées préconçues, de préjugés et de sentiments. Et donc, même lorsque nous vivons avec Lui, que nous marchons avec Lui, que nous travaillons ou conversons avec Lui, nous ne Le reconnaissons pas, à moins et jusqu'à ce qu'Il nous ouvre les yeux "à la fraction du pain". Il est très intéressant de noter que c’est seulement quand les disciples L'ont pressé de rester avec eux et quand ils ont été prêts à rompre le pain ensemble, que leurs yeux se sont ouverts et qu’ils ont pu Le reconnaître. Chaque fois que nous voyons la venue du Christ sous une forme ou une autre, nous avons notre Noël.

Je rappelle ici une de mes expériences récentes. Je suis entré dans une église en passant rendre visite au Saint-Sacrement. La Sainte Messe était en cours et l'église était plutôt pleine. Je me suis agenouillé au fond de l'église et j'ai prié en silence. Tout à coup, une étrange sorte de sentiment et de désir de voir le visage de Jésus est né en moi. Le chérissant dans mon cœur, j'ai prié avec plus de ferveur. Quand j’ouvris les yeux, je vis les gens quitter l'église comme la messe était finie. D'une certaine manière, j'étais heureux, pensant qu'une fois les gens partis, Jésus pourrait m'accorder une audience privée. J'ai attendu et j’ai prié encore plus fort, mais à ma grande déception, j'ai dû quitter l'église sans que ma prière soit exaucée.

En quittant l'église, je me suis dirigé vers la maison. Alors que je marchais le long du trottoir, un homme est venu me demander quelques pièces pour une tasse de café. Ses yeux étaient lourds, ses vêtements sales, il avait l'air épuisé et inquiet. J'ai senti que son besoin était plus qu'une tasse de café. Alors je lui ai demandé de venir avec moi chez nous où il pourrait se laver, changer de vêtements, manger, se reposer et se détendre. Surtout, il était évident qu'il avait besoin de quelqu'un à qui parler. Alors que je le pressais de venir avec moi, il est venu et ensemble nous avons fait tout ce qui était nécessaire de faire. On l’a aidé à enlever ses vêtements ; on l’a aidé également à enlever la saleté. Pendant toute cette épreuve, il me regardait les yeux remplis et me demandait : qui êtes-vous ? Et pourquoi vous me faites ça ? Ne savez-vous pas que je n'ai pas d'argent à vous donner… Il a pris son bain, changé ses vêtements et pris un repas, temps pendant lequel il a partagé sa longue et tragique histoire. Il était au bord du désespoir au point de se suicider. Son expérience constante de rejet et le sentiment qui en découle d'être indésirable lui ont laissé une marque indélébile. Pendant des années, il n'avait pas reçu la chaleur de l'amour, de l'affection. Nous sommes allés à la chapelle. Il s'est agenouillé, a prié, pleuré et fait sa confession après de nombreuses années. Il a remercié Dieu et les Frères puis il est parti en disant qu'il aimerait revenir chez nous plus tard.

Le soir, comme d’habitude, je faisais mon examen de conscience quand soudain mes yeux se sont ouverts et je me suis souvenu de mon désir «fou» de voir le visage de Jésus. Jésus a entendu ma prière, mais pas comme je le voulais. Il s'est rendu visible dans cette personne qui est venue chez nous, affamée, sale et sans amis. Ce fut un vrai jour de Noël pour moi. Rencontrer ce genre de personne est devenu presque une expérience quotidienne pour nous à Rome. Dans notre société compétitive où la survie du plus compétent et du plus fort est la loi, nous trouvons souvent des personnes qui sont complètement brisées et profondément blessées, des personnes qui ne savent pas où aller ni vers qui se tourner. Passant de la faim à la famine, elles ont perdu le sens de l'amour fraternel et de la véritable amitié, dans un monde d'indifférence effrayante et d'apathie choquante. De plus en plus, le monde devient un immense Foyer pour les Mourants ; tant de pauvreté spirituelle, tant de manque d'amour, même dans les familles, entre mari et femme, entre parents et enfants, parmi les frères et sœurs et entre eux. Les médias modernes, tels que les smartphones, Internet, etc. remplacent la prière en famille, la vie de famille et le partage. On peut en dire autant des familles et des communautés religieuses. Si les smartphones, la télévision et Internet remplacent nos tabernacles, alors il n'y a pas non plus de vraie vie religieuse.

Faites une pause. Ce n'est que lorsque j'ai pris un peu de temps pour faire une pause que mes yeux se sont ouverts et que j'ai pu reconnaître Jésus dans la personne qui était venue sur mon chemin. C'est alors que je L'ai entendu dire : « Chaque fois que vous l’avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40). Ces plus petits de mes frères sont partout. Ici à Rome, nous les trouvons dans les hôpitaux, les prisons, les immeubles, dans les parcs publics, au coin des rues, dans notre maison et aussi à «Casa Serena», notre refuge de nuit. Souvent, les personnes vraiment pauvres ne viennent pas à nous ; nous devons aller vers elles. Notre rencontre avec les personnes seules, les oubliés, les abandonnés renouvelle leur esprit, leur apporte la joie et la paix de Noël. Beaucoup d'entre elles veulent prier ensemble ; certaines aiment chanter des hymnes ou des chants ; tandis que d'autres aiment raconter leurs histoires longues et douloureuses. Ce que nous sommes et ce que nous faisons n’est pas si important ; nous sommes les plus faibles et les moins que rien, et nos actions sont tout à fait insignifiantes. C'est la promesse et l'assurance de Jésus : « Chaque fois que vous l’avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l'avez fait » qui fait toute la différence. Cela nous incite toujours à faire de petites choses avec beaucoup d'amour, à transformer tout type de service en prière, car nous le faisons avec Jésus, pour Lui et à Lui. Seigneur, donne-nous la force de rendre notre amour dans le service plus fécond.

Noël est la fête des pauvres et des petits. Jésus était un avec eux et l'un d'entre eux. De plus, il a été envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il était pauvre à la naissance, plus pauvre pendant sa vie et le plus pauvre sur la croix. Travailler parmi les pauvres et avec les pauvres nous fait prendre conscience que nous aussi, nous sommes pauvres comme eux. Ce n'est que lorsque nous sommes remplis de la puissance du Saint-Esprit que nous devenons Ses mains fortes pour servir, Ses douces lèvres pour dire Sa Parole et Son cœur chaleureux pour aimer. Nous sommes comme une ampoule. En soi, elle n’a pas de pouvoir à moins d'être connectée à la source par un câble. Pour être sa lumière, nous devons avoir une connexion continue avec Dieu, la Source de toute lumière. La prière et l'adoration nous unissent à Dieu. Chacun de nous est l'ampoule de Dieu à travers laquelle Il brille.

Je voudrais vous remercier pour tout votre amour et votre attention, pour votre partage pour et avec les pauvres. Notre amour doit continuer d’aimer jusqu'à ce que nous mourions d'amour.

Je vous souhaite, à vous et à tous, une très heureuse et sainte fête de Noël, fête de la Sainte Famille, fête de St Étienne, le proto martyr, à frère Stephen M.C., fête de St Jean l'évangéliste, l'apôtre de l'amour, à frère Vimal John M.C., à frère John Job M.C., frère John Francis M.C. et aux autres.

Dieu vous bénisse.

Père Sébastien Vazhakala m.c.

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