22.05.20
Laudetur Sacra Familia
9 mai 2020
« Seigneur, augmente en nous la foi ! » (Luc 17, 5)
À la fin du Regina Caeli le dimanche du Bon Pasteur, le 3 mai 2020, le Saint Père le Pape François a invité toutes les personnes de bonne volonté de toutes les religions du monde à se joindre en esprit le jeudi 14 mai 2020 pour une journée de prière, de jeûne et de charité pour lutter contre la pandémie de Covid-19.
Désormais, tous les peuples et toutes les nations du monde ont réalisé que le soi- disant coronavirus est au-dessus de tout pouvoir humain, et qu'il existe un pouvoir supérieur auquel nous devons avoir recours par la prière, le jeûne et l'aumône ou la charité.
Comme le covid-19 n'est plus le problème d'une religion ou d'une nation, mais de tous les peuples sans aucune distinction de couleur, de pays ou de religion, sans considérer les riches ou les pauvres, ou les puissants ou les impuissants, il est vital que tous les êtres humains se mettent ensemble pour implorer la miséricorde de Dieu. Lui seul peut faire quelque chose qui puisse mettre fin à une telle entreprise qui est au- dessus de tout pouvoir, capacité ou intelligence humaine ! Il a franchi toutes les limites et les frontières humaines !
Soulignant l'importance de la prière en ces temps difficiles, le Pape François a déclaré qu'il avait accepté une proposition du Comité Supérieur pour la Fraternité Humaine que le 14 mai prochain, «les croyants de toutes les religions devraient s'unir spirituellement pour une journée de prière, de jeûne et de charité, pour implorer Dieu d'aider l'humanité à surmonter la pandémie du coronavirus ».
Le coronavirus a fait comprendre à l'humanité que nous sommes tous également faibles et fragiles, quelle que soit notre richesse ou notre puissance. Cela ne fait aucune différence. Il y a partout un sentiment de peur et d'impuissance. Nous ne sommes plus en mesure de vaincre le Covid-19 par notre propre pouvoir, quelle que soit la religion à laquelle nous pouvons appartenir, quelle que soit la religion à laquelle nous voulons appartenir ou que nous voulons professer.
Sur la base de l'appel de tant de personnes de toutes religions, il est devenu impératif pour nous tous, de nous joindre spirituellement et spécialement de vivre le 14 mai 2020 comme une journée de prière intense, de jeûne et de charité, selon l'enseignement et la pratique de chaque religion.
Sans compter les diverses sectes et groupes, il existe quatre grandes religions dans le monde. Ce sont: le judaïsme, le christianisme, l'islam et l'hindouisme. Ce qui est essentiel à tous les enseignements religieux, les pratiques traditionnelles et le chemin
de vie, c'est Dieu, qui est non seulement accepté et considéré comme l'absolu, non seulement considéré comme le Créateur de l'univers et de toute chose et de chaque être en son sein, mais considéré comme un Père aimant, qui est tout puissant, omniscient et omniprésent !
Ceci est plus clairement enseigné par Jésus, pour qui lui et le Père sont un, parce qu'il a été envoyé par le Père par amour, dans le monde non pour être son juge, pour punir ou tuer ou détruire, mais pour être notre chemin vers le Père, être la vérité et notre vie et notre résurrection.
En effet, parmi toutes les créatures, les êtres humains seuls ont une âme immortelle, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu lui-même (cf. Gn 1, 26). Cela est vrai pour chaque être humain, quelle que soit la religion à laquelle il appartient. Une fois que nous sommes conçus dans l'utérus, l'âme immortelle est infusée car elle est aussi la forme et le principe vital. Dieu a créé les êtres humains non pas pour qu’ils se perdent dans ce monde, mais pour trouver leur but final qui est Dieu lui-même. Ceci est le principe et le fondement de notre foi, à savoir que les êtres humains sont créés pour louer, adorer et servir Dieu, notre Seigneur, et ainsi atteindre leur salut.
Toutes les autres créatures sur terre sont créées par Dieu et sont soumises aux humains, de sorte que l'homme et la femme peuvent non seulement reconnaître, louer et remercier Dieu, mais atteindre leur salut. Toutes les créatures sur terre sont des moyens pour les humains d'atteindre leur but final qui est le Dieu trinitaire.
C'est ici que nous devons lire le tout premier chapitre du livre de la Genèse, où nous voyons le récit de la création. Quand il arrive au sixième et dernier jour de la création, Dieu dit : «Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance... Dieu créa l'homme à son image ; à l'image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Il les bénit... » (Gn 1, 26 ; 28).
En créant l'homme et la femme comme le point culminant de sa création, Dieu a un plan et un but précis, tout en créant pour eux toutes les autres créatures. Non seulement Dieu avait un plan pour l'homme et la femme, mais il leur a confié la tâche de recréer, de développer et de soumettre la terre. Dieu a donné aux êtres humains la capacité de distinguer entre le bien et le mal, la créature et le Créateur. Nous trouvons le plan de Dieu très clairement énoncé dans les premières pages de la Bible.
Ce principe est vrai pour toutes les religions. Dans toutes les grandes religions du monde selon les enseignements, Dieu est le centre, il est l'Absolu, il doit être loué, remercié, adoré et glorifié. Dans toutes les religions, nous voyons l'élément culte, Dieu doit être adoré ensemble publiquement. Cela se fait dans toutes les religions du monde.
Le christianisme est la religion du cœur, c'est une religion d'amour. Dans cet amour, il y a deux dimensions, les deux sont inséparables l'une de l'autre. Notre religion peut se résumer dans ce double amour. Sans ce double amour, le christianisme mourra et disparaîtra, à savoir, aimer Dieu de tout son cœur, de tout son esprit, de toute son âme et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même. «De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes» (cf. Mt 22, 37-40).
Dans l'Évangile selon St Luc, nous avons une explication très concrète de ce double amour, exprimé dans la parabole du Bon Samaritain (Lc 10, 25-37). À travers cette parabole, Jésus enseigne à tous les disciples du Christ que l'amour pour notre prochain doit accompagner notre amour pour Dieu et vice versa !
L'amour n'est pas basé sur ce que je peux obtenir de l'autre, mais sur ce que je peux donner à l'autre. L'amour consiste à donner sans compter le coût, sans chercher de
repos ou de récompense. Ici, ma question n'est pas ce que je peux obtenir des autres ou comment les autres peuvent me rendre heureux, mais comment je peux rendre les autres heureux. On ne calcule pas la perte de temps, d'énergie, on ne s'inquiète pas ou on n'a pas peur de se défaire et de partager. Lorsque la peur commence à contrôler notre vie, nous ne pouvons jamais ressentir de vraie joie et de vraie paix ! Là où il n'y a pas de partage, il n'y a pas de joie. Nous pouvons continuer à nous demander : Suis-je plus heureux quand je reçois quelque chose ou quand je donne et je partage ? L’enseignement de Jésus est clair, à savoir : «Il y a plus de joie à donner qu'à recevoir». «Beatius est dare quam accipere» (Actes 20, 35). Oui, il est très vrai que nous ressentons de la douleur et du bonheur en même temps. La douleur de la séparation et le bonheur de donner et de partager.
Il y a un autre fait à propos de la séparation, du don et du partage, à savoir que plus nous nous défaisons et donnons, plus nous recevons. «La jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d'huile ne se vida pas». Ce passage du premier livre des Rois mérite d'être lu (cf. 1 Rois 17:,7-16) et de le comparer avec notre propre expérience.
L'histoire entière de Ste Teresa de Calcutta et de la famille des Missionnaires de la Charité n'est qu'une confirmation de cette double rupture et partage. Il en va de même dans l'histoire des deux disciples qui se rendaient à Emmaüs totalement confus et déconcertés, qui s'éloignaient de l'espoir vers le désespoir, de la lumière vers l'obscurité, du lever vers le coucher du soleil. Même dans leur désespoir, le sujet de leur conversation était Jésus. Pas étonnant alors que Jésus se soit approché d'eux et ait marché avec eux tout le long du chemin, les impliquant dans une conversation animée. Pourquoi ont-ils quitté Jérusalem et quelle a été la principale cause de leur déception ? Ils avaient leur propre idée de la façon dont le Messie aurait dû être. Ils ne savaient pas qu'ils avaient tort. La principale raison de leur chagrin, de leur désespoir et de leur abandon du groupe des apôtres était leur idée fausse qu’ils avaient de la façon dont le Messie aurait dû être !
Jésus connaissait leur raison... Il les écouta et les réprimanda pour leur incrédulité. Sa question fut révélatrice : «Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ?». Il leur interpréta tous les textes des prophètes et les psaumes qui le concernaient. Leurs yeux étaient toujours fermés. Ce n'est que lorsqu'ils invitèrent leur compagnon de voyage à rester avec eux pour la nuit, seulement lorsqu'ils voulurent rompre leur pain avec lui que leurs yeux s’ouvrirent et qu’ils le reconnurent.
Alors, leur idée du Messie a changé. Avec elle, leur vie aussi. L'espoir et la lumière sont revenus. Ils pouvaient maintenant retourner dans la même chambre haute et rencontrer les mêmes personnes qu'ils avaient quittées auparavant. Les mêmes disciples qui s’étaient éloignés désespérés sont devenus les apôtres de l'espérance et de la joie. «A l’instant même ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons qui leur dirent : Le Seigneur est réellement ressuscité !» (Cf. Lc 24, 33-34).
« A leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain...» (cf. Lc 24, 35). Le Seigneur ressuscité leur a non seulement ouvert les yeux à la fraction du pain, mais il a également ouvert leur intelligence à la compréhension des Écritures (cf. Lc 24, 45). Ils sont devenus missionnaires de foi, d'espérance, de charité, de paix et de joie.
Lorsque nous avons des idées fausses sur notre vocation, lorsque nous n'avons pas la bonne motivation pour choisir notre chemin de vie, lorsque nous n'avons pas une bonne compréhension ni les bonnes attentes sur notre façon de suivre Jésus, lorsque nous avons l’esprit confus, non seulement nous embrouillons les autres mais nous souffrons davantage et nous pouvons facilement nous décourager et même tomber dans le désespoir comme les deux disciples sur la route d'Emmaüs.
Le temps de crise peut être un moment de danger ou bien une opportunité pour redécouvrir et arriver à la vraie motivation, pour arriver à la bonne compréhension du vrai but de ma vocation et du prix de l’état de disciple.
Nous savons tous que les Laïcs Missionnaires de la Charité (LMC) sont nés d'un groupe de coopérateurs qui voulaient appartenir à l'Eglise de Mère Teresa de Calcutta. Nous devons nous rappeler que sans l'Église, aucune congrégation religieuse, aucun mouvement ou association de laïcs ne peut exister. L'Église est notre Mère et notre enseignante, Mater et Magistra. Le Pape est le chef visible de l'Église, il est l'évêque de Rome et du monde entier - Urbi et orbi.
Depuis St Pierre, notre premier pape jusqu’au Pape François, l'Église a vu 266 papes. Sur un si grand nombre, seulement 81 papes ont été canonisés jusqu'à présent dans l'Église. La grande majorité n'a pas été canonisée. Certains d'entre eux n'ont pas non plus donné un exemple bon et édifiant. Qu'a dit Jésus à propos des scribes, des pharisiens et des docteurs de la loi ? «N’agissez-pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas» (cf. Mt 23, 1-3).
Souvenons-nous également que nous sommes tous faibles, pécheurs, indignes et misérables. Au moment de la pêche miraculeuse, St Pierre tomba aux pieds de Jésus et dit: «Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur» (cf. Lc 5, 8). C'est Jésus qui a donné toute la force, toute l'aide, toute l'inspiration, y compris le don du leadership et le don du martyre à St Pierre. Il y a tellement de mal dans le meilleur de nous et tellement de bien dans le pire d'entre nous.
En tant que M.C. et LMC, nous essayons de vivre humblement et joyeusement nos vocations, en essayant d'appartenir pleinement à Jésus, «Totus tuus ego sum», et de donner un service gratuit de tout cœur aux plus pauvres des pauvres, en commençant par les membres de nos propres familles , nos groupes de LMC, nos communautés M.C. et tous les autres. Les pauvres sont toujours avec nous. Pour nous, ils sont Jésus sous un déguisement.
Aidons-les par nos prières, y compris le pape, les cardinaux, les évêques, les prêtres et tous les religieux, tous ceux qui ont demandé nos prières, ceux pour lesquels nous avons promis nos prières, tous ceux pour lesquels nous devrions prier et tous ceux qui ne prient pas et ceux qui ne peuvent pas prier et ceux qui ont perdu l'esprit de prière.
Prions beaucoup pour notre pape. Que le Seigneur le préserve et lui donne vie, le bénisse sur la terre et ne le livre pas aux mains de ses ennemis !
Les Laïcs Missionnaires de la Charité (LMC) qui devaient faire leurs premiers et leurs vœux définitifs ou les renouveler le dimanche de la Miséricorde, peuvent le faire, s’ils le souhaitent, le premier samedi d'octobre 2020, pour un an. Ils n'ont pas à attendre une autre année pour faire leurs vœux, car ce n'est pas de leur faute s'ils n'ont pas pu renouveler leurs vœux.
Je voudrais également dire qu'en tant que M.C. et LMC, nos vœux exigent le respect et l'obéissance au Magistère de l'Église. «Non seulement nous reconnaissons, respectons et obéissons à l'autorité enseignante de l'Église catholique romaine, c'est-à- dire le Magistère, mais nous nous lions à elle par nos vœux».
Je remercie Dieu pour vous chaque fois que je pense à vous ; et chaque fois que je prie pour vous tous, je prie avec joie et gratitude, à cause de la manière dont vous avez essayé de vivre votre vocation de M.C./LMC en cette période de grande souffrance et d'épreuve. «Mes amis», écrit St Jacques, l'apôtre, «Considérez comme une joie extrême, mes frères, de butter sur toutes sortes d’épreuves. Vous le savez, une telle vérification de votre foi produit l’endurance, et l’endurance doit s’accompagner d’une action parfaite, pour que vous soyez parfaits et intègres, sans que rien ne vous manque... » (St. Jacques 1, 1-4).
C'est le moment favorable, c'est le jour du salut. Essayons d'endurer jusqu'à la fin en priant avec plus de ferveur, en offrant plus de sacrifices plus généreusement, en s'aidant et en s'encourageant mutuellement, en essayant de tendre la main aux nécessiteux. Accrochons-nous à l'essentiel, car il doit y avoir l’unité dans les choses essentielles, la liberté dans les choses accidentelles et la charité en toutes choses.
Participons très généreusement à la journée de prière, de jeûne et de charité du jeudi 14 mai 2020, comme l'a demandé le Pape François à toutes les religions du monde.
Avec beaucoup d'amour, de gratitude et de prières. Que Dieu vous bénisse et vous récompense tous.
Père Sébastien Vazhakala m.c.
et tous ceux de Casa Serena