06.02.20
Laudetur Sacra Familia
Noël, 25 Décembre 2019
Que la grâce, la paix et la joie de la grande fête de Noël soient avec chacun de vous afin que vous puissiez continuer à partager la même paix et la même joie avec tous ceux que vous rencontrez et avec qui vous vivez.
Nous sommes devant un grand mystère, le mystère des mystères, le mystère et le miracle de Dieu devenant l'un de nous et un comme nous en toutes choses sauf le péché.
Chaque année, nous célébrons ce mystère de l'Incarnation, de Dieu devenant homme et vivant parmi nous. La fête de Noël est un mystère incroyable, qui ne peut être compris que par la contemplation. Plus nous contemplons ce mystère, plus nous apprécions la beauté sublime de notre vocation de M.C;, en devenant de plus en plus reconnaissant envers Celui qui s'est humilié en prenant la condition d’esclave.
Un mystique de notre époque a écrit que «la naissance du Christ est le témoignage le plus grand et le plus éloquent de combien Dieu a aimé l'homme. Il l'a aimé d'un amour personnel. C'est pour cela qu’il a pris un corps humain, auquel il s’est uni et l’a fait sien pour toujours. La naissance du Christ est elle-même une «alliance d’amour», conclue pour toujours entre Dieu et l’homme ». Comme l'écrit saint Clément d'Alexandrie, «C’est pour cela que le Christ est descendu, pour cela qu’il a revêtu l’humanité, pour cela qu’il a souffert volontairement la condition des hommes, afin qu’après s’être confronté à notre faiblesse qu'il a aimée, il puisse en échange nous confronter à sa puissance».
Comme saint John Henry Newman priait : « Que chaque Noël, en venant, nous trouve toujours plus semblables à Celui qui, en ce temps , est devenu un petit enfant par amour pour nous ; que chaque nouveau Noël nous trouve plus simples, plus humbles, plus saints, plus charitables, plus résignés, plus heureux, plus remplis de Dieu. Noël est le temps de l'innocence, de la pureté, de la gentillesse, de la douceur, de la joie, de la paix. Ici, sur terre, vivre, c'est changer, et la perfection est le résultat de nombreuses transformations ».
«Pour Newman, le changement est une conversion», dit le pape François, «c’est à dire, une transformation intérieure. La vie chrétienne, en réalité, est un cheminement, un pèlerinage. L'histoire de la Bible est tout un cheminement marqué par de nouveaux commencements et de constants départs ; comme pour Abraham, comme pour tous ceux qui, il y a deux mille ans en Galilée, se mirent en chemin pour suivre Jésus: «Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent» (Lc 5, 11). Depuis, l'histoire du peuple de Dieu - l'histoire de l'Église – est toujours marquée de nouveaux départs, de déplacements, de changements. Cela implique des décisions qui transforment rapidement notre mode de vivre. « Si nous voulons que tout reste tel quel, il faut que tout change »
«Cela conduit à privilégier les actions qui génèrent des dynamiques nouvelles. Cela requiert patience et attente ». Pour cela, nous sommes invités à lire les signes des temps avec les yeux de la foi, afin que la direction de ce changement «réveille des questions anciennes et nouvelles avec lesquelles il est juste et nécessaire de se confronter» (cf. Pape François, Noël salutation à la Curie romaine, samedi 21 décembre 2019).
Jésus est venu vers nous pour assouvir notre soif en promettant de l'eau vive. Jésus est venu nous dire qu'il est l'eau vive. Jésus est venu satisfaire notre faim en nous donnant le Pain de vie. Jésus est venu nous donner sa chair à manger et son sang à boire. Jésus est venu nous sauver du domaine des ténèbres et nous faire entrer dans sa propre lumière merveilleuse !
Jésus est venu nous dire qu'il a soif d'amour et des âmes. Jésus est venu nous dire que son Père ne l'a pas envoyé dans ce monde pour être son juge, mais pour être son Sauveur (cf. Jn 3, 17). Jésus est venu nous dire que si nos cœurs ne sont pas propres et purs, nous ne pourrons pas voir Dieu (cf. Mt 5, 8). Pour nous et pour tous, qui nous occupons des plus pauvres des pauvres en qui nous sommes censés voir Jésus caché, comme il est caché dans l’Eucharistie, cette pureté de cœur est vraiment vitale. Sous les deux formes de la présence réelle de Jésus se trouve le cœur de notre foi, et plus nous avons la foi, plus nous croyons facilement à ces deux formes de la présence de Jésus. Que personne n'essaye de séparer une forme de l’autre car elles sont inséparables !
Jésus a été envoyé pour nous dire qu'il est la lumière du monde et que celui qui le suit ne marchera pas dans l'obscurité mais aura la lumière de la vie (c. Jn 8, 12).
Jésus est venu nous enseigner que celui qui n'a pas péché doit être le premier à jeter la pierre (cf. Jn 8, 7). Jésus est venu nous dire qu'il est le bon Berger qui est venu nous sauver en donnant sa vie pour chacun de nous… (cf. Jn 10, 11).
Jésus est venu nous assurer qu'il est la vie et la résurrection. Celui qui croit en Jésus ne mourra jamais, mais aura la vie éternelle (cf. Jn 11, 25). Jésus veut que nous sachions qu'il est le bon berger qui est venu pour la brebis perdue.
Jésus a dit qu'il est la vigne, que nous sommes les sarments, que sans lui nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 5).
Jésus est venu nous apprendre à prier… (Lc 11, 1; Mt 6, 9-13). Il a enseigné à ses hommes la nécessité de prier sans cesse par la parabole de la veuve et du juge (Lc 18, 1-8).
Il nous a aussi enseigné non seulement par des mots mais aussi par son propre exemple… Jésus était un homme de prière ; il n'a jamais rien fait sans consulter son Père. Pour cette raison, il s'est retiré de tout, allant dans des endroits isolés où il pouvait être absorbé dans la prière (Mc 1,35). Il recherchait la solitude des déserts et des montagnes. Les lieux que Jésus a choisis pour prier étaient : les synagogues, le temple, le désert, les montagnes, etc.
Ses temps de prière étaient principalement pendant le silence de la nuit, quand le monde entier était silencieux et endormi. Chaque samedi, il se rendait invariablement à la synagogue de Nazareth, à Capharnaüm, dans le temple de Jérusalem. Pendant son séjour à Nazareth pendant environ 30 ans, il est allé sabbat après sabbat à la synagogue ; il allait chaque année pour la fête de la Pâque avec Marie et Joseph au temple de Jérusalem pour prier. Nous avons l’incident douloureux de l’enfant Jésus perdu du reste du groupe, alors que ses parents n’ont réalisé sa disparition qu’après une journée de voyage (Lc 2, 41-52).
Jésus a prié intensément avant chaque moment décisif de sa vie. À l'âge de 12 ans, puis à 30 ans alors qu'il commençait sa vie publique, qui a été marquée non seulement par son baptême dans le Jourdain par Jean-Baptiste, mais saint Luc dit que Jésus était en prière et que le ciel s'est ouvert et qu'il y eut une vraie théophanie (Lc 3, 21-22). Sa Transfiguration a été un véritable événement de prière en préparation de sa passion imminente et prochaine (cf. Lc 9, 37 ss).
Avant de choisir ses hommes, Jésus monta sur la montagne (cf. Mc 3, 13-14) et passa toute la nuit en prière. «En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il appela ses disciples…auxquels il donna le nom d’Apôtres… » (Lc 6, 12-16).
Avant sa passion, sa souffrance et sa mort imminentes, Jésus entra dans le jardin de Gethsémani, où il se jeta par terre et pria : «Père, tout est possible pour toi. Eloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux» (Mc 14, 35-36).
La prière la plus puissante de toutes les prières de Jésus fut faite depuis la croix, quand il pria pour ses ennemis : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font" (Lc 23, 34). Toute la crucifixion a été une prière continuelle dans d’atroces douleurs. Ce fut l'aboutissement et l'accomplissement de sa mission sur terre. Il entendit aussi l'appel suppliant d'un des voleurs, crucifié avec lui, lui promettant la vie éternelle avec lui le même jour dans son royaume. «Aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le paradis» (Lc 23, 42-43).
Il nous a fait comprendre et nous a enseigné par son exemple non seulement l'importance de la prière, non seulement le besoin de la prière, mais que cette prière est très naturelle à l'homme comme la respiration. Nous sommes morts lorsque nous arrêtons de prier comme nous sommes considérés comme morts lorsque nous arrêtons de respirer. Comme la respiration est un signe que nous sommes vivants, la prière devient un signe de la vie de Dieu en nous. Nous sommes connectés à la source de vie comme l'électricité, le fil et l'ampoule. La prière est le fil qui nous relie à Dieu. N'oublions pas qu'une personne qui prie est une personne puissante !
Ce premier Noël a été un événement de prière intense. Lorsque nous lisons l'Évangile de Luc, chapitre 2, avec attention et contemplation, Dieu devenant homme est un mystère impénétrable. Ste Teresa M.C. avait l’habitude de dire : «Il est plus facile pour nous de comprendre la grandeur de Dieu, mais il est plus difficile de comprendre l'humilité de Dieu». Le mystère impénétrable de l'Incarnation, c'est-à-dire Dieu en personne devenant un comme nous et l'un de nous, il est difficile, sinon impossible, à un esprit humain de saisir le mystère humainement impénétrable de l'Incarnation. Le Dieu qui a créé le ciel et la terre par des paroles simples mais puissantes, porte maintenant sur lui le fardeau de toutes les vicissitudes de la vie humaine sur terre. Ici, nous voyons l’état kénosique absolu ! Il n’est pas étonnant que les anges aient chanté des chants de gloire et de louange à la naissance du Messie, même s'il s'agissait d'une grotte, entourée d'animaux. Les simples et pauvres bergers ont été les premiers à être choisis par Dieu pour être les premiers destinataires de la bonne nouvelle de la naissance du Roi des rois (cf. Lc 2, 8-20).
Le but de la venue du Messie était d'annoncer la bonne nouvelle aux pauvres (cf. Lc 4, 18) et nous voyons déjà à la naissance de Jésus que la grande armée des anges est allée chez les bergers chanter les louanges de Dieu : «Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur terre aux hommes, qu'il aime » (cf. Lc 2, 14).
Les bergers sont venus en hâte à la grotte de Bethléem et ont trouvé Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans une mangeoire. Marie est dans une profonde contemplation : les sens ne peuvent saisir cette merveille, la foi doit venir compenser. «Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.» (Lc 2, 19). Pour nous aussi, c'est le moment de garder le mystère de l'Incarnation dans nos cœurs et de le méditer continuellement parce que l'Incarnation de Jésus est un mystère impénétrable.
Nous ne pouvons pas devenir saints au ciel. Nous devenons des saints sur la terre. Personne ne devient saint au paradis. Si nous ne sommes pas déjà saints pendant que nous vivons sur terre, nous ne le serons pas non plus après notre mort ! Dieu nous donne beaucoup de temps et d'innombrables opportunités pour devenir saints pendant que nous vivons dans ce monde.
Marie a déjà chanté son cantique (cf. Lc 1, 40-55). Maintenant, Zacharie a son propre cantique à chanter (cf. Lc 1, 67-79). Il chante de tout son cœur, ce qui est aussi prophétique. Le vieux Siméon a chanté son cantique dans le temple (cf. Lc 2, 22-40). Les saints voient la main de Dieu dans tous les événements de leur vie, dans les bons et les mauvais moments, ils sont d’humeur égale dans les joies et les peines, dans les espoirs et les déceptions.
Nous apprenons tous de l’équanimité et de l’équilibre des saints. La joie est le fruit de l'équanimité et de l'équilibre. Nous ne rencontrons généralement pas de saints qui sont nerveux et inquiets pour tout, sauf Sainte Marthe de Béthanie, la sœur de Marie. Elle a reçu une bonne réprimande et une correction fraternelle de la part de Jésus. Elle a compris et elle est retournée continuer à préparer le repas pour Jésus. Elle n'a pas tout jeté par terre et ne s'est pas couchée, comme certains le font parfois. C’est pourquoi nous célébrons la fête de sainte Marthe une semaine après la fête de sa sœur (22 et 29 juillet, respectivement).
Regardons le saint d’aujourd'hui : St. Étienne. Il a prié pour ses persécuteurs. « Alors Etienne se mettant à genoux, s’écria d’une voix forte: "Seigneur, ne leur compte pas ce péché ". » (Actes 7, 60). Saint-Étienne n'est pas devenu saint parce qu'il est mort lapidé, mais parce qu'il a pardonné à ses persécuteurs et a prié pour ses ennemis ! Les saints veulent sauver tout le monde, même ceux qui leur font du mal, ceux qui les blessent, ceux qui parlent contre eux ou les critiquent. Les saints veulent que tous soient sauvés. Ils ne passent pas leur temps à maudire et à juger, mais à prier, pardonner et sauver !
Les saints ne voient pas leurs ennemis comme des ennemis, mais ils les voient comme des personnes que Dieu a mises sur leur route pour être sauvées. Nous voyons cette attitude et cette façon de faire en Jésus, en Marie, en Joseph, en Saint Étienne et chez la bienheureuse Rani Maria, qui a été béatifiée en Inde, le 4 novembre 2017. Elle et sa famille, y compris sa mère, son père, ses sœurs et ses frères ont travaillé ensemble pour sauver l'homme qui a poignardé leur fille, leur sœur, 41 fois. Il n'était plus leur ennemi, mais ils l'ont accepté comme leur fils (frère) adoptif… Ils lui ont réservé un accueil merveilleux avec beaucoup d'amour, de respect et de joie. Ils l'ont fait se sentir voulu, aimé et soigné. Ils lui ont montré qu'ils lui 'avaient pardonné en Jésus-Christ et pour son bien, avec le résultat qu'il est devenu chrétien catholique et a commencé à agir comme la bienheureuse Rani Maria. Les membres de sa famille adoptive ont prié avec lui et pour lui. Il était assis avec les membres de la famille de la Bse Rani Maria le jour de sa béatification. Ils ne l'ont pas seulement sauvé lui, mais tous ceux qui entrent maintenant en contact avec lui.
Il n'arrêtait pas de dire: «Jésus-Christ est la réponse à tous nos problèmes». Il a trouvé la paix ; il est devenu un homme nouveau en Jésus-Christ. Il est né de nouveau en Jésus-Christ. C'est le miracle de tous les miracles. Lorsqu'il y a un pardon authentique et un amour sincère, les âmes sont engendrées et naissent à l'image et selon le modèle de Jésus-Christ.
La prière de pardon de Jésus pour ses ennemis et pour nous tous pécheurs, depuis la chaire de la Croix, résonne dans le cœur et l'esprit de tant de gens. L'amour de Dieu et l'amour du prochain sont inséparables. Avec Dieu et en Dieu, nous pouvons aimer même les gens non aimables ; nous pouvons pardonner à ceux qui nous font du mal, même à ceux qui nous font violence, qui nous traitent injustement. Au-delà de l'apparence extérieure, nous pouvons voir dans la foi, en chacun, l'empreinte et l'image de Jésus-Christ. Saint Philippe, l'apôtre, devait voir le Père en Jésus-Christ, et nous, nous devons voir Jésus-Christ dans nos frères et sœurs, en particulier dans nos pauvres gens. "Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! » (Jn 14, 8-11). Celui qui rencontre un pauvre dans la rue, ce n'est pas seulement un pauvre qu’il rencontre, mais c'est Jésus-Christ déguisé.
Nous avons l'exemple lumineux de saint Martin de Tours qui vit un pauvre mendiant trembler dans le froid ; il descendit de son cheval, ôta le manteau qu'il portait, le coupa en deux et donna la moitié de son manteau au mendiant et porta l'autre moitié. Cette nuit-là, Jésus vint à lui portant la moitié de son manteau. On peut en dire autant de saint François d'Assise, qui voyant un lépreux s'est enfui de peur. Mais il se sentit très mal ; il revint et embrassa le lépreux. Ensuite François ne vit plus le visage d'un lépreux mais à la place il vit le visage de Jésus !
Nous avons clairement l'enseignement de Jésus dans la parabole du jugement dernier : «Chaque fois que vous l’avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25, 40). Le péché d'omission peut parfois être plus grave que les péchés que nous commettons. Je suis sûr qu’aucun d’entre nous ne voudrait entendre les terribles paroles de Jésus: «Allez-vous en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges... vous ne m’avez donné à manger,... vous ne m'avez pas donné à boire ;... ... ni d'abri… » (Mt 25, 41-46).,
Que la célébration de la naissance du Christ nous aide à devenir davantage semblables au Christ à tous égards.
Encore une fois, je souhaite à chacun de vous un Noël béni et une nouvelle année 2020, prospère et pleine de paix. Que Dieu vous bénisse tous et chacun d’entre vous.