16.03.19
Carême 2019
Chers frères et sœurs,
Le temps du Carême pour un catholique croyant est censé être un printemps. Il est destiné à être un temps de grâce qui se concentre sur les trois pratiques fondamentales de l’Église, basées sur l’enseignement de notre Maître et Sauveur : la charité, la prière et la pénitence (cf. Mt 6, 1-6, 16-18).
Ces trois éléments essentiels sont soutenus par la proclamation de la Parole de Dieu connue sous le nom de kérygme, martyre, à travers un culte divin connu sous le nom de Liturgie et d'un service gratuit de tout cœur à l'exemple de Jésus et à son commandement appelé Diaconie. J'aimerais citer ici l'enseignement de St Pierre Chrysologue (AD 406-450), archevêque de Ravenne en Italie, docteur de l'Église (AD 1729) :
« Il y a trois actes, mes frères, trois actes en lesquels la foi se tient, la piété consiste, la vertu se maintient : la prière, le jeûne, la miséricorde. La prière frappe à la porte, le jeûne obtient, la miséricorde reçoit. Prière, miséricorde, jeûne, les trois ne font qu'un et se donnent mutuellement la vie.
En effet, le jeûne est l'âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne les divise : les trois ne peuvent se séparer. Celui qui en pratique seulement un ou deux, celui-là n'a rien. Donc, celui qui prie doit jeûner ; celui qui jeûne doit avoir pitié ; qu'il écoute l'homme qui demande, et qui en demandant souhaite être écouté ; il se fait entendre de Dieu, celui qui ne refuse pas d'entendre lorsqu'on le supplie.
Celui qui pratique le jeûne doit comprendre le jeûne : il doit sympathiser avec l'homme qui a faim, s'il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim ; il doit faire miséricorde, celui qui espère obtenir miséricorde ; celui qui veut bénéficier de la bonté doit la pratiquer ; celui qui veut qu'on lui donne doit donner. C'est être un solliciteur insolent, que demander pour soi-même ce qu'on refuse à autrui.
Sois la norme de la miséricorde à ton égard : si tu veux qu'on te fasse miséricorde de telle façon, selon telle mesure, avec telle promptitude, fais toi-même miséricorde aux autres, avec la même promptitude, la même mesure, la même façon.
Donc la prière, la miséricorde, le jeûne doivent former un patronage pour nous recommander à Dieu, doivent former un seul plaidoyer en notre faveur, une seule prière en notre faveur sous cette triple forme. » Sermon 43, Office des lectures de mardi, Carême, semaine 3).
Le Carême est aussi un temps pour lutter contre les sept péchés capitaux d'orgueil, d'avarice, d'envie, de colère, d’impureté, de gourmandise et de paresse (cf. CEC 1866). Nous ne devrions pas seulement nous battre contre eux, mais triompher d’eux avec la grâce de Dieu. Il ne suffit pas de lutter contre ces péchés capitaux, mais nous devons sincèrement nous efforcer de pratiquer les vertus opposées.
Prenons le premier péché capital d'orgueil et essayons de comprendre la vertu d'humilité, qui est l'opposé de l'orgueil. Il est absolument nécessaire pour nous que nous essayions encore et encore de comprendre ce que l’on entend par humilité.
L'humilité n'est pas la négation de la vérité, mais accepter la vérité avec charité et amour. Nous utilisons ici la définition descriptive de l’humilité de Saint Thomas d’Aquin. Il dit que l'humilité repose sur deux piliers : le premier est la vérité et le second est la justice. La vérité est que tout ce qui est bon en moi vient de Dieu. Cela peut inclure aussi le lieu de naissance. Aucun d'entre nous n'a choisi son lieu de naissance ni ses parents, ni ses frères ou sœurs. Le bon Dieu nous les a donnés. Peu importe l’endroit où nous sommes nés, mais ce qui importe c’est la façon dont nous vivons notre vie maintenant ! Le deuxième pilier de l'humilité est la justice, à savoir que toute gloire et tout honneur doivent aller à Dieu seul. La prière que notre Dieu Trinitaire aime le plus est la prière de louange et d'action de grâces, priée avec humilité et amour.
Le temps du Carême est un moment important pour réfléchir à l'humilité de Dieu, à l'humilité de Jésus, le Fils de Dieu qui, bien qu’ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix… (cf. Phil 2, 6-11). Il suffit de lire en méditant le récit de la passion de Jésus dans l'un des quatre évangiles pour comprendre l'humilité de Jésus, l'homme-Dieu.
Il est facile de comprendre la grandeur de Dieu, il est plus difficile de saisir l'humilité de Dieu. Jésus veut que nous soyons humbles comme lui, car il a dit: «devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur» (cf. Mt 11, 29).
St Augustin dit qu'il vaut mieux faire une mauvaise action avec humilité qu’une bonne action avec orgueil. En ce temps saint du Carême, laissons-nous enseigner l'humilité par Jésus. Sa vie, son enseignement et son exemple parlent de façon éloquente de la vertu importante d'humilité. Si Jésus n'avait pas été humble, il n'aurait pas pu mourir sur la croix entre deux voleurs comme un criminel pour nous sauver tous. C'est sur la croix que Jésus est devenu l'exemple suprême de l'humilité, de l'obéissance et de l’amour. C’est une humilité et un amour plus grands que tout ce que personne ne peut avoir, qui ont fait qu'il soit resté accroché à la croix après avoir été mis au défi: "Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix et nous croirons en toi ..." Jésus était le Fils de Dieu et il aurait pu très facilement descendre de la croix, mais il ne l'a pas fait. Au lieu de cela, il a prié : «Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font» (Lc 23, 34).
Il convient ici de citer les lignes suivantes du document Ecclesia en Asie, à savoir: «En Jésus, nous sommes émerveillés par la capacité inépuisable du cœur humain à aimer Dieu et l'homme. C'est surtout sur la croix que Jésus rompt la résistance d’autodestruction de l'amour que le péché nous inflige ».
Ce temps saint nous pousse à la pratique sainte de nous humilier en nous abstenant de rien d’autre que de la simple nourriture pour le corps. L'œil doit s'abstenir de tout regard vain et curieux, les oreilles d’écouter des bavardages, la langue de dénigrement et de mots frivoles. La vraie douleur pour les péchés passés peut mieux s’exprimer par des actes d'amour et de charité envers les autres. Lorsque nous rencontrons, par exemple, ceux qui ont besoin de nourriture, de vêtements ou d'un abri, ne nous en détournons pas, car ils sont nos frères et sœurs. Alors notre lumière jaillira comme l'aurore, et nos bonnes actions primeront. Apprends-nous, Seigneur, à aimer, non seulement dans des moments grands et exceptionnels, mais surtout dans les événements ordinaires de notre vie quotidienne !
Le temps du Carême nous invite à nous abstenir de ce dont nous n’avons pas vraiment besoin et à aider nos semblables qui vivent et meurent dans la pauvreté et la faim. N'oublions pas que lorsque nous nourrissons celui qui a faim, nous nourrissons Jésus dans l’affamé, et nous donnons à Jésus lorsque nous donnons de l'eau à celui qui a soif: « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », dit notre divin Maître. C'est le même Jésus qui a parlé avec tant d'emphase de manger son corps et de boire son sang, qui nous conseille de nourrir ceux qui ont faim et soif. Il y a deux tabernacles : Jésus dans le Pain de Vie doit être aimé, adoré et mangé, et Jésus dans le plus pauvre des pauvres doit être aimé et servi. Comment pourrait-il en être autrement alors que le Jésus que nous louons, adorons et remercions dans la prière est le même que celui que nous nourrissons dans celui qui a faim, que nous revêtons dans celui qui est nu, que nous abritons dans le sans-abri, que nous rassasions dans celui qui a soif , que nous visitons dans les prisonniers et que nous soignons dans les malades.
Le Carême est un temps de silence et de contemplation profonde et positive. Ce n’est que par la contemplation que nous pourrons pénétrer dans les ténèbres et la sécheresse impénétrables que nous pouvons vivre dans notre vie de prière. En priant, nous apprenons à prier. Nous n’apprenons pas à conduire sans commencer à conduire. Plus nous conduisons, plus nous sommes confiants. Plus nous prions, plus nous apprenons à prier. Nous en venons à savoir que la prière n'est plus un devoir ou un fardeau, mais un cadeau et un privilège. Nous en venons à comprendre que la prière n’est pas un travail à temps partiel, elle est comme une respiration. Nous ne respirons pas seulement quelques heures par jour, mais à chaque instant de notre vie tant que nous sommes en vie. Ceux qui arrêtent de respirer sont morts. Ceux qui arrêtent de prier sont spirituellement morts.
La prière peut être une lutte. Nous devons être prêts à faire face à toutes sortes d'épreuves, de sécheresse ou de désolation dans la prière. Parfois, nous allons goûter et voir combien le Seigneur est bon ! Parfois, nous pouvons être secs et sans joie, comme une terre aride ou un puits vide. Mais notre soif et notre impuissance seront notre meilleure prière si nous les acceptons avec patience et les embrassons avec amour. Parfois, notre prière peut être une expérience de la distance infinie qui nous sépare de Dieu ; à d'autres moments, notre être et sa plénitude se fondront l'un dans l'autre.
On peut dire que, pour nous, la prière est notre vocation. «La contemplation des choses divines et l'union constante à Dieu est notre premier et principal devoir» (cf. Canon 663/1). C'est notre vocation ; notre zèle pour le royaume de Dieu et notre disponibilité à servir les plus pauvres des pauvres, à commencer par les personnes avec lesquelles nous vivons.
Jésus a supplié Ste Teresa de Calcutta en disant: «Donne-moi des âmes, des âmes des pauvres enfants des rues…». Il nous supplie tout le temps, vous et moi, et dit : «Je n'ai absolument personne pour mes très pauvres».
Dans notre abri de nuit de Casa Serena à Rome, nous avons plus de 75 hommes de la rue qui sont pour nous des cadeaux de Dieu. Casa Serena est notre deuxième tabernacle, où nous avons sept groupes de volontaires qui viennent très régulièrement préparer le repas du soir et les servir avec joie.
Dans notre foyer pour garçons et hommes handicapés à Bethel, en Albanie, les frères et nos travailleurs rémunérés servent plus de 34 garçons et hommes. Ils sont très lourdement handicapés. Parfois je sens qu’il est impossible de continuer, car ils ont besoin de près de vingt-cinq mille euros tous les deux mois. Jusqu'ici, la providence de Dieu s'en est occupée. Mais nous avons aussi d’autres communautés et des foyers pour les garçons et les hommes handicapés au Ghana et au Nigéria, qui dépendent beaucoup de l’aide financière de la Maison-Mère de Rome. Bien sûr, ce n'est pas un travail social; c’est le travail de Dieu. Merci à Dieu et merci à tous ceux qui nous aident à poursuivre l’œuvre de Dieu.
Dans les deux maisons en Inde, Deepashram et Anandashram, nous avons une centaine de garçons et d'hommes handicapés. Grâce à Dieu, ces deux maisons sont gérées avec l'aide de nombreux généreux bienfaiteurs hindous, qui apportent en nature la plupart des choses dont les garçons et les hommes ont besoin. Les frères vont régulièrement dans deux des supermarchés récolter suffisamment de fruits et de légumes pour la semaine. Les trois repas, le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner sont assurés par les différentes familles ou entreprises hindoues. Une entreprise a installé à ses frais tous les panneaux d’électricité de la maison Deepashram. Une autre entreprise a sponsorisé un véhicule pour la maison. Ils appartiennent tous à la religion hindoue !
Selon l'évangile de Matthieu, le jugement final sera fondé sur la manière dont nous aurons pris soin des nécessiteux : les affamés, les assoiffés, les dénudés, les sans-abris, les malades et les prisonniers. Ils ne savaient même pas qu’ils le faisaient à Jésus. En fait, ils ont demandé: «Quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? Tu avais soif et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger et nous t’avons accueilli ? Tu étais nu et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison…» Et le Roi leur répondra : «Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Ceux-ci vont être les bienheureux du Père de Jésus-Christ : «Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde…"
Lisez encore et encore Mt 25, 31-46, méditez, priez.
Voir, juger et agir, surtout pendant le temps du Carême.
Essayons de vivre notre Carême plus intensément. Prions de plus en plus avec ferveur, offrons de plus en plus de sacrifices et de pénitences et, avant tout, donnons un service gratuit de tout cœur, avec de plus en plus de joie et d’enthousiasme !
À cette fin, je prie et demande les prières de tous. Amour et prières.
Dieu vous bénisse.
Père Sébastien Vazhakala m.c.