20.04.13
Temps pascal 2013
Il était trois heures et quart de l'après-midi du premier jour après le grand Dimanche de Pâques, c-a-d du lundi de l'octave de Pâques. Le téléphone sonna. C'était pour moi. « Est-ce le bon moment ? Est-ce que je vous dérange ? », La voix était douce et triste. La journée était froide et nuageuse, bien que la lumière de Pâques brûlait encore dans nos cœurs.
« Comment allez-vous ? Comment s'est passé Pâques ? Vous avez une voix triste ! Où est votre mari bien-aimé ? O, ma sœur, joyeux et saintes fêtes de Pâques », lui ai-je dit.
« Quelles fêtes de Pâques, père ? Mon mari pleure et est inconsolable et je suis aussi en larmes comme lui », dit-elle. « Que se passe-t-il ?, lui ai-je demandé. « Et bien, notre fille chérie nous manque... C'est dur, très dur pour mon mari d'accepter sa disparition. C'est une trop grande perte, bien que cela soit arrivé il y a presque quatre ans, mais pour nous, c'est comme si cela était arrivé hier... ». « Vous êtes allés à l'église, j'espère ?, lui ai-je demandé. « Oui, nous y sommes allés, mais... », répondit-elle.
J'ai pensé en moi-même, que c'était juste un exemple parmi tant d'autres d'un temps pascal qui n'était pas joyeux. Pour quelques uns Pâques est un grand jour de joie, de célébrations et de réunions, tandis que pour d'autres c'est un jour parmi les plus tristes. De nombreuses questions traversèrent mon esprit. Y-a-t-il une façon de changer la tristesse en joie, le désespoir en espoir, les pleurs en extase ? Ce qui me vint à l'esprit presque spontanément fut le passage de Jean 20, 1-18.
Je l'ai étudié plus d'une fois. Bien que je le connaisse presque par cœur, en le lisant à nouveau très attentivement je pouvais voir deux parties très distinctes, qui toutes les deux non seulement éclairent notre vie de souffrance, de déceptions, d'échecs et d'impuissance, mais leur donnent aussi des réponses. Je réalisai que pour croire profondément en l'événement pascal il est inévitable pour nous d'éprouver une joie profonde. St Paul a pu se débarrasser de tout « pour connaître le Christ, éprouver la puissance de sa résurrection et communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en lui sa mort, dans l'espoir de parvenir, lui aussi, à ressusciter d'entre les morts » (cf Ph 3, 10-11).
L'ensevelissement de Jésus se fit dans la hâte parce que « c'était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du sabbat » (cf Lc 23, 54). Il y avait un jardin où Jésus avait été crucifié, et dans ce jardin il y avait un tombeau neuf dans lequel on n'avait encore mis personne. Le corps de Jésus y fut déposé dans une telle hâte à cause de l'imminence du grand sabbat. Bien que fait dans la hâte, la divine providence avait préparé un tombeau neuf pour Jésus, car Jean dit : « Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n'avait encore mis personne... c'est là qu'ils déposèrent Jésus. » (Jn 19,41-42).
Le tombeau de Jésus représente la terre entière. Le tombeau accueillit le grain de blé et une nouvelle vie triomphante commença, et en lui toute l'humanité prit une nouvelle dimension. Les paroles prophétiques de Jésus : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit. » (cf Jn 12,24), sont alors devenues réalité.
Marie Madeleine est unique. Son amour pour Jésus l'a presque aveuglée. Jésus était devenu sa vie et sa joie, son tout. La raison humaine ouvre le chemin à l'amour, et elle voulait enlever la pierre de l'entrée du tombeau, comme Jésus avait déjà enlevé la pierre de l'entrée de son cœur. Elle
voulait oindre le corps de Jésus, bien qu'elle l'ait déjà fait six jours avant la Pâque juive : « Laisse-la ! Il fallait qu'elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement » (Jn 12,7)
Retournons au passage de Jean 20, 1-18. Prenons les versets un à dix et voyons comment Jean présente l'épisode de Madeleine se rendant au tombeau.
Tout d'abord c'était le dimanche, le premier jour de la création. C'est ce jour-là que Dieu a créé la lumière, en la séparant dela ténèbre. Bien que ce fut le dimanche, Marie Madeleine était encore dans l'obscurité, car c'était le matin très tôt et Marie n'avait pas encore rencontré le Seigneur ressuscité, la lumière du monde. Jean dit simplement qu'il n'y avait plus de pierre à l'entrée du tombeau. Elle était aussi sortie déjà de la vie de Marie Madeleine. Il est temps pour nous d'enlever la pierre de l'entrée de nos cœurs, afin que le Seigneur de gloire puisse y entrer et en sortir comme il veut, et nous pourrons ressusciter avec lui.
Marie Madeleine a fait la bonne chose. Elle a couru trouver Simon Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait et leur a dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis » (Jn 20, 2).
Marie Madeleine, et à vrai dire personne d'autre n'avait imaginé la résurrection comme elle s'est produite et comme ils l'ont vécue et en ont fait l'expérience et en plus qu'ils étaient devenus les premiers témoins du plus grand événement, du miracle de la résurrection de Jésus. Le temps passera, les marées monteront et descendront, le vent soufflera. La vérité peut être brouillée, déformée, malmenée, mal interprétée. On pourrra essayer d'assassiner la vérité, mais la vérité demeurera inébranlable, indemne ; on ne peut pas tuer la vérité ni la faire disparaître.
La vérité de la résurrection de Jésus est la pierre d'angle de notre foi. Le christianisme, la foi chrétienne sont construits sur le mystère pascal du Christ. Notre foi dépend beaucoup de la façon dont nous croyons à la réalité de la résurrection du Christ.
Marie Madeleine ne renonça pas à sa recherche, bien qu'elle n'ait pas suivie sa raison ou qu'il n'y eut aucune logique dans sa recherche. Elle resta derrière, même quand les pilliers de l'Eglise partirent. Sa foi en Jésus et son amour pour lui ne dépendit pas des apôtres. Elle fit son devoir. Quand elle vit le tombeau vide elle courut trouver Pierre et les apôtres pour les informer.
Mais elle continua à chercher Jésus. « Marie Madeleine restait là dehors, à pleurer devant le tombeau. Elle se penche vers l'intérieur, tout en larmes, ... » Marie, est-ce que tu vas bien ? N'as-tu pas vu le tombeau vide ? Pierre et Jean ne l'ont-ils pas vu aussi ? Ne t'ont-ils pas demandé de repartir avec eux ? Qu'est-ce qui t'as fait rester en arrière et regarder sans cesse le tombeau vide ? J'admire ta patience, ta foi, ta persévérance ! Si tu n'avais pas été récompensée par Jésus pour ta recherche inlassable, on t'aurait considérée comme folle, malade mentale, stupide, irrationnelle, sentimentale. Peut-être l'étais-tu et plus encore. Jésus vit le désir de ton cœur ; il vit ton amour invincible ; il vit ta foi aveugle.
Mais Jésus, ton approche est très pédagogique. Tu lui as fait voir d'abord deux anges, habillés de blanc, assis l'un à la tête et l'autre aux pieds de l'endroit où ton corps avait reposé. Leur question fut intéressante, à savoir : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » (Jn 20,13). « On a enlevé le Seigneur mon Maître, et je ne sais pas où on l'a mis » (Jn 20, 13). Marie Madeleine cherchait encore le corps de Jésus. Elle n'avait encore aucune idée que Jésus n'était plus enfermé dans le tombeau, qu'il était ressuscité hors du tombeau et en vie sous une autre forme.
Jésus a dit à Marie et à Marthe juste avant de ressusciter Lazare « Je suis la résurrection et la vie... » (Jn 11,25).
De l'exemple de l'infatigable recherche de Marie Madeleine nous comprenons que Dieu voit notre effort, notre patience, notre persévérance et récompense au-delà de nos attentes. Là Jésus lui-même lui a apparu à la fin, il l'a appelé par son nom. A la façon dont Jésus l'a appelée, elle a compris que ce devait être Jésus. La façon tendre de nous appeler par notre nom dans les moments les plus difficiles de notre chemin de vie ouvrira nos yeux et nous permettra de le reconnaître. Avec l'apôtre que Jésus aimait nous devrions aussi dire souvent : « C'est le Seigneur ! » (Jn 21, 7).
Dans de nombreuses situations de notre vie terrestre, quand nos yeux sont aveuglés par le chagrin, ou par la peur, par la désillusion, la déception ou même la trahison... si nous pouvons dire :
« C'est le Seigneur ! », ou comme Madeleine nous pouvons nous exclamer : « Rabbouni !... « Maître » (Jn, 20, 16), nous pouvons éprouver une paix profonde et une joie inexplicable. Mais souvent nous sommes découragés par les nombreuses épreuves de la vie et n'arrivons pas à reconnaître non seulement la présence et la proximité indéniables de Jésus, mais qu'il marche avec nous comme il l'a fait avec deux de ses disciples qui retournaient chez eux déçus.
Combien de fois sommes-nous tentés de faire de même et donc nous ne réussissons pas à voir Jésus, car nos yeux sont aveuglés par le chagrin dû à la mort tragique d'un être cher, ou à une maladie grâve et incurable, ou à un accident de la route qui a paralysé le corps et bloqué notre parcours en avant. C'est là que Marie Madeleine se détache comme un exemple d'amour persévérant, d'amour tenace et fidèle. Son amour ne s'est pas terminé à la vue du tombeau vide.
Dans les différents secteurs de notre vie, nous pouvons souvent faire l'expérience de la confrontation avec le tombeau vide. Dans notre vie de prière, dans notre vie spirituelle, dans notre vie de communauté, dans notre apostolat nous pouvons être mis à l'épreuve par des résultats négatifs et contraires. L'expérience du tombeau vide est inévitable dans notre vie terrestre. La question est de savoir ce que nous faisons quand nous y sommes confrontés. Là St Jean présente Marie Madeleine comme un exemple brillant et inspirant de persévérance, ce qui veut dire ne pas reculer mais traverser la violence, la détresse, les épreuves et l'obscurité de la vie.
Je ne peux pas conclure cette lettre sans exprimer ma gratitude sincère et qui vient du cœur à tous, d'abord à mes frères, aux membres du mouvement des Laïcs Misionnaires de la Charité (LMC) du monde, aux volontaires, aux bienfaiteurs et aux coopérateurs pour vos exemples édifiants de joie, d'amour, de service gratuit et de tout cœur aux plus petits, aux derniers et à ceux qui sont perdus. Votre récompense est grande. Chaque fois que vous donnez un verre d'eau fraîche au nom de Jésus (cf Mt 10, 42), votre compte en banque dans le ciel augmente. Vous allez être récompensés par le maître cent fois plus et par la vie éternelle dans le monde à venir.
A tous ceux d'entre vous qui avez envoyé vos vœux aux frères et à nos pauvres de quelque façon que ce soit, y compris quelques unes de nos sœurs M.C., nous demandons à Dieu de vous bénir en abondance.
En réponse à votre grande générosité exprimée de nombreuses façons, nous vous offrons nos prières incessantes et nos humbles sacrifices et surtout nous faisons de notre mieux pour rester fidèles à notre vocation.
Joyeux et saint temps de Pâques. Préparons-nous pendant cette période à la grande fête de Pentecôte.
C'est tout pour le moment. Avec toute mon amitié et ma prière.
Que Dieu vous bénisse.
Père Sébastien Vazhakala M.C.