12.10.11
Fête de St Matthieu 2011 : 21 septembre 2011
L'école de Nazareth !
La veille de la fête de la Nativité de la bienheureuse Vierge Marie, le mercredi 7 septembre 2011, à la grotte de l'Annonciation de Notre Seigneur à Nazareth, deux des frères Missionnaires de la Charité contemplatifs, frère Nicholas Gyaakye M.C. et frère Vimal John Chand M.C. ont fait leur profession perpétuelle en présence des frères , frère Stephen M.C., frère Jean Marie M.C., et entre les mains de Père Sebastian M.C., le supérieur général, qui a reçu les vœux au nom de l'Eglise et pour la communauté des Missionnaires de la Charité contemplatifs.
C'est ici que l'éternité a rejoint le temps ; c'est ici que le ciel et la terre se sont rencontrés dans la Vierge de Nazareth à travers sa réponse inconditionnelle. C'est ici que que le Verbe tout
puissant est descendu du Trône Royal dans le sein virginal d'une jeune fille villageoise fiancée à un homme du nom de Joseph ; et le nom de la Vierge était Marie ( cf Sg 18, 15 ; Lc 1, 26 ff.)
Son excellence Très R. Giacinto Boulos Marcuzzo, évêque titulaire d'Emmaüs, vicaire patriarcal latin pour Israël, était le célébrant principal. Avec lui il y avait treize autres prêtres qui concélébraient, qui sont venus très gentiment et très volontiers embellir l'événement et rendre la célébration plus solennelle. En plus des prêtres concélébrants il y avait de très nombreux consacrés et religieuses, en particulier trois de nos nouveaux frères 'tertians' et douze sœurs M.C. des quatre communautés de Gaza, Naplouse, Jérusalem et Bethléem. Leur présence et leurs prières ont été un encouragement et un soutien pour les frères à être plus fidèles à l'appel irrévocable de Dieu et pour leur croissance continue en sainteté et dans la sainte persévérance dans leur vocation.
La présence priante de tant de fidèles laïcs, comprenant Gianna Tommasi, LMC de Rome, a été une autre confirmation pour nous que nous appartenons à la famille de Dieu et que nous sommes les membres de la même maison de Dieu.
L'évêque de Nazareth, le vicaire patriarcal pour Israël, a fait ressentir et expérimenter à tous les participants la présence et la proximité indéniables de Dieu. Les participants ont été très émus et très touchés par toute la célébration : l'appel des noms des candidats par le maître des 'tertians', leur réponse libre et personnelle à se consacrer complètement à Dieu pour la vie dans la Congrégation des Missionnaires de la Charité contemplatifs, l'homélie, l'examen, la célébration du rite de la profession perpétuelle, en particulier le chant de la Litanie de tous les saints pendant lequel les frères étaient allongés à plat ventre sur le sol pour implorer la miséricorde et l'aide de Dieu, la profession même, l'acceptation des vœux, la bénédiction longue et solennelle des nouveaux profès, la bénédiction et la présentation des crucifix de profession comme signe de leur consécration, la déclaration d'admission par le supérieur général et le chant des nouveaux profès pour exprimer leur joie et leur gratitude, etc.
Son excellence a parlé des trois aspects importants qui ont rendu la célébration très particulière et solennelle. En premier, le lieu où les frères faisaient leurs vœux. Bien que tous les religieux et religieuses fassent leur profession religieuse solennelle, très peu font leurs vœux à la Grotte de l'Annonciation de Notre Seigneur, là où la Vierge de Nazareth a dit son 'Oui' inconditionnel : «Qu'il me soit fait selon ta volonté » . Notre Dame est allée chez sa cousine Elisabeth, à Cana en Galilée, au Calvaire, à la chambre haute avec les Apôtres. Bien que ce soit la même personne, Notre Dame de Nazareth est très unique et très particulière. C'est ici qu'elle a accepté la volonté de Dieu sans réserves, dans la pureté de la foi et avec une confiance aveugle. Son avenir était entre les mains de Dieu. Ici nous voyons son exemple d'abandon et de confiance inconditionnels.
Deuxièmement la célébration des vœux a lieu le jour de la fête de l'anniversaire de notre Reine céleste et Mère de miséricorde. Il est très naturel pour les enfants d'être heureux le jour de l'anniversaire de leur mère bien-aimée et de de le célébrer avec un grand amour et une grande joie. Elle est devenue non seulement la Mère de Dieu en acceptant la volonté de Dieu, mais elle est devenue aussi, avec et par son abandon inconditionnel à la volonté divine, la Mère de l'humanité. L'Eglise, donc, continue à chanter son chant de louange et d'action de grâces – le Magnificat. En lui elle reconnaît sa petitesse et en même temps la grandeur du Tout-Puissant :
« Il s'est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse ».
( Lc 1, 48). Le même chant parle de triple révolution :
Dieu disperse les superbes mais élève les humbles.
Dieu renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles.
Dieu renvoie les riches les mains vides et comble de biens les affamés.
C'est donc la révolution de l'amour.
Le pauvre de Yahweh trouve le réconfort et la consolation en lui « car Dieu entend le cri du pauvre comme il écoute leurs appels... »
Le secret de la grandeur d'une personne consiste en sa conscience et sa réalisation qu'elle dépend entièrement de Dieu, que tout son être et toutes ses actions sont des dons de Dieu, que sans lui il ou elle ne peut rien faire. Il est très important pour nous de savoir à plus forte raison que notre grandeur consiste en notre humilité, en notre dépendance absolue et inconditionnelle à Dieu.
On en vient ici à s'exclamer comme et avec le grand apôtre des Gentils : « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu » (1 Co 15, 10). Ailleurs le même apôtre dit très clairement et en toute humilité : « Je peux tout supporter avec celui qui me donne la force » (Ph, 4,13). La vie de Marie a été la même, ce qu'elle a exprimé à la fête du mariage à Cana en Galilée quand elle a dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il (Jésus) vous dira » (Jn 2, 5). Selon le récit du Nouveau Testament, c'est la dernière fois que Marie a parlé. C'était comme si elle parlait non seulement aux serviteurs à la fête du mariage à Cana, mais aussi à toutes les générations à venir. C'est le devoir de tous ceux qui suivent Jésus de faire tout ce qu'il leur dit, et si nous continuons à faire ainsi nos yeux verront se produire de nombreux miracles et nous serons abondamment bénis et immensément heureux. La spiritualité de Nazareth consiste donc à faire la volonté de Dieu, comme Jésus, Marie et Joseph l'ont faite.
Aujourd'hui à Nazareth nous célébrons aussi la fête de la bienheureuse Teresa de Calcutta, dont la fête est célébrée le 5 septembre. Ici à Nazareth cette année nous avons décidé d'inclure cette célébration aux vœux définitifs de nos frères Nicholas M.C. et Vimal John M.C.. La bienheureuse Teresa de Calcutta était une grande âme qui a enseigné au monde entier la spiritualité de Nazareth, c'est-à-dire à faire les choses ordinaires avec un amour extraordinaire pour la plus grande gloire de Dieu. Dans de très nombreuses lettres aux frères Missionnaires de la Charité contemplatifs elle a écrit : « Je suis sûre que vous serez heureux et désireux de faire tous les sacrifices possibles pour faire de votre Congrégation un autre Nazareth, quelque chose de beau pour Dieu » ( de la lettre de la B. Teresa à P. Sebastian M.C., New York, 16 juin 1979).
Dans une autre lettre elle écrit : « Avec un peu d'aide je suis sûre que vous en ferez un vrai Nazareth » (Beyrouth, 11.10.1979).
Une fois encore elle écrit :« Mes frères, faites de votre communauté un seul cœur plein d'amour – un autre Nazareth où Jésus peut venir se reposer un moment avec vous... »
(Calcutta, 14 août 1979).
La bienheureuse Teresa rappelait continuellement aux frères de la branche contemplative de vivre l'esprit de Nazareth. Elle écrit dans une autre lettre de Calcutta le 14 novembre 1984 : « Mes très chers frères, P. Sebastian M.C. et vous tous à Rome... N'ayez pas peur et n'ayez aucune pensée de peur. Jésus a passé 30 ans dans le silence de Nazareth avant de pouvoir accomplir la raison pour laquelle il était venu racheter le monde ».
La bienheureuse Teresa avait l'habitude de me demander comment j'avais choisi la Sainte Famille comme fête patronale pour nous. Depuis le commencement les personnes de la Sainte Famille ont été non seulement nos patrons mais encore davantage notre exemple, et nous célébrons la fête de notre Congrégation chaque année, selon nos Constitutions, le dernier jeudi d'octobre. Quand le mouvement des Laïcs Missionnaires de la Charité a été fondé, le 16 avril 1984, nous avons choisi la Sainte Famille comme patron. Chaque année en octobre nous avons la neuvaine et la Litanie de la Sainte Famille pendant neuf jours, et ensuite la prière de consécration à la Sainte Famille.
Quand je suis arrivé à via San Agapito (Largo Preneste, à Rome), on a trouvé parmi de nombreuses choses un très vieux tableau, qui était recouvert de beaucoup de poussière et de saleté et qui était pratiquement détérioré. Quand je l'ai nettoyé et que je l''ai essuyé avec du citron frais, le tableau a semblé en meilleur état et net. Je me suis rendu compte alors que c'était l'image de la Sainte Famille. Ce tableau est maintenant exposé au-dessus de la porte d'entrée de l'église à Rome, à l'intérieur de la chapelle, car nous avons l'image de la Sainte Famille dans toutes nos chapelles.
La Sainte Famille veut que notre branche contemplative devienne un autre Nazareth et veut que tous les membres, y compris les LMC, aient l'esprit et la spiritualité de Nazareth. Le même Esprit qui a inspiré la bienheureuse Teresa de Calcutta de nous écrire en 1979, en nous disant de faire de notre Congrégation un autre Nazareth, continue de nous inspirer et nous aide à avoir finalement une petite communauté à Nazareth. Sans aucun doute notre Congrégation et tous ses membres, y compris les Laïcs Missionnaires de la Charité, appartient uniquement à la Sainte Trinité. Le premier Pape, après St Pierre Apôtre, à avoir posé le pied en Terre Sainte, a été le Serviteur de Dieu, le Pape Paul VI d'heureuse mémoire. Pendant son discours à Nazareth, le 5 janvier 1964, le Pape Paul VI a dit : « Nazareth est l'école où l'on commence à comprendre la vie de Jésus : l'école de l'Evangile... Ici, à cette école, on comprend la nécessité d'avoir une discipline spirituelle, si l'on veut suivre l'enseignement de l'Evangile et devenir disciples du Christ ».
Nazareth est la maison et l'école des contemplatifs car il nous enseigne l'importance du silence profond et positif. « Que renaisse en nous l'estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l'esprit ; en nous qui sommes assaillis par tant de clameurs, de tracas et de cris dans notre vie moderne bruyante et hypersensibilisée. O silence de Nazareth, enseigne-nous le recueillement, l'intériorité, la disposition à écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres ; enseigne-nous le besoin et la valeur des préparations, de l'étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière que Dieu seul voit dans le secret. » (Pape Paul VI)
Nazareth est comme le modèle de ce que la famille devrait être. Il nous montre le caractère saint et stable et donne l'exemple de sa fonction basique dans notre Congrégation : une communauté d'amour et de partage, le cadre parfait pour élever des enfants.
Nazareth nous apprend la valeur du travail et de sa dignité ; comment nous devons travailler dur pour la gloire de Dieu et pour l'extension de Son Royaume ; « Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père. » (Col 3, 17) (Constitutions 199-200).
Quand nous avons commencé notre petite communauté à Nazareth de nombreuses personnes nous ont demandé : « Combien de frères y-a-t-il dans votre communauté à Nazareth ? » Ma réponse était alors une autre question : « Combien de personnes y avait-il dans la Sainte Famille ? « Trois », disaient-elles. Nous sommes trois aussi. Ce n'est pas le nombre de personnes dans une communauté qui fait que la communauté ou la famille est paisible et heureuse, mais leur unité et leur amour les uns pour les autres. La Sainte Famille n'a jamais perdu de temps à discuter, à crier ou à combattre ou à juger. Ils n'ont pas perdu leur temps à trouver les fautes des autres ou passer leur temps à critiquer ou à faire des commérages inutiles. Ils ont vécu pour aimer et ils ont aimé pour vivre.
Ils ont fait les choses ordinaires avec un amour extraordinaire pour la gloire de Dieu. Nous pouvons gagner beaucoup de temps si nous évitons d'être négatifs ; nous pouvons faire beaucoup plus de bien si nous ne perdons pas du temps inutilement dans les affaires des autres ; alors nos communautés et nos familles peuvent être bien plus heureuses. Marie et Joseph vivaient avec Jésus ; la vie à Nazareth était simplement cela, vivre avec Jésus tout le temps. Nous sommes appelés à vivre avec Jésus, à travailler avec Jésus et à marcher avec Jésus comme Marie et Joseph l'ont fait vingt quatre heures sur vingt quatre. Notre vocation est une sainte vocation : revivre la vie de la Sainte Famille de Nazareth.
En conclusion retournons une fois de plus aux paroles de sagesse du Pape Paul VI, c'est-à-dire : « Oh ! Comme Nous voudrions redevenir enfant et Nous remettre à cette humble et sublime école de Nazareth ! Comme Nous voudrions près de Marie, recommencer à acquérir la vraie science de la vie et la sagesse supérieure des vérités divines. Mais Nous ne faisons que passer. Il Nous faut laisser ce désir de poursuivre ici l'éducation jamais achevée à l'intelligence de l'Evangile. » (Nazareth, 5 janvier 1964).
Soyons des étudiants et des disciples de l'école d'humilité et de charité de Nazareth, de l'amour parfait de Dieu et de notre prochain, du pardon et de l'acceptation mutuelle, de l'abnégation de soi et des sacrifices, de l'acceptation parfaite de la volonté de Dieu , des vertus de foi, d'espérance et de charité, de prudence, de courage, de justice et de tempérance ; de la soif infinie et intense du salut des âmes...
Au nom de la petite communauté de Nazareth et en particulier au nom de frère Jean Marie M.C., frère Nicholas M.C. et frère Vimal John M.C., j'exprime notre gratitude sincère à Dieu et à chacun d'entre vous, très chers frères et sœurs bien-aimés de la famille M.C. et toutes les personnes de bonne volonté. Notre gratitude envers vous est notre prière pour vous et notre effort sincère pour vivre notre vocation M.C. plus fidèlement, plus joyeusement et plus généreusement sans compter le coût et sans chercher de repos ou de récompense. A cette fin nous prions et demandons les prières de tous.
Que Dieu vous bénisse.
Père Sebastian Vazhakala M.C.