07.07.11
Pentecôte 2011
L'ESPRIT M.C.
Introduction.
En préparation à la fête de la Congrégation le 22 août, chaque année les sœurs des Missionnaires de la Charité de la bienheureuse Teresa M.C. de Calcutta passent trois jours en prière et méditent sur l'Esprit de la Congrégation, qui est celui de la confiance aimante, de l'abandon total et de la joie, comme celui qui a été vécu par Jésus et Marie dans l'Evangile ( R. 2 ). Ici nous essayons de revenir autant que cela est possible, avec les ressources limitées, à l'origine et au développement progressif avec quelques réflexions.
Origine et développement.
Il y a quatre étapes apparentes dans le développement de l'Esprit de la Congrégation selon les Constitutions des sœurs Missionnaires de la Charité. Dans la Règle manuscrite de la bienheureuse Teresa M.C. le jour de la fête de Corpus Christi 1947, il n'y a pas de mention explicite de l'Esprit de la Congrégation, mais nous pouvons déjà trouver une sorte d'idée similaire, exprimée différemment. Elle dit : « Avant de faire leurs vœux elles ( les novices ) doivent doivent être bien examinées – afin que la ' Sœur ' comprenne bien ce qu'est une vie d'oubli total de soi-même et d'abnégation pour les âmes – et si elle veut mener une telle vie joyeusement ».
Dans l'explication de la Règle de la main de Mère nous voyons l'Esprit de la Congrégation mentionné pour la première fois ( R 31 ). La même façon de présenter l'Esprit de la Congrégation et le même contexte de présentation se trouvent dans le premier Livre de Règle de 1954. Il dit : « Elles ( les novices ) doivent connaître et aimer l'Esprit de la congrégation, qui est un esprit d'abandon total, de confiance aimante et d'allégresse » ( R. 37 ). Il n'y a pas de différence ici dans la formulation ni dans le contexte excepté que les numéros de la Règle sont différents.
La seconde étape dans le développement de l'Esprit de la Congrégation se trouve dans les Constitutions de 1973. Là, aussi, il n'y a pas de différence dans l'ordre de la présentation de l'Esprit, mais il y a un nouveau chapitre ajouté aux Constitutions avec le titre : chapitre II : le Nom et l'Esprit, et la Règle 10 explique en détail ce que l'Esprit triple de la Congrégation signifie et implique. Il y a aussi là un autre ajout , à savoir « … comme Jésus et sa Mère ont vécu dans l'Evangile ».
La troisième étape du développement se trouve dans les Constitutions de 1980. Dans ces Constitutions la Règle 2 dit : « L'Esprit de la Congrégation est un esprit d'Abandon Total, de Confiance Aimante et d'Allégresse, comme l'ont vécu Jésus et Marie dans l'Evangile ».
Et ensuite dans la partie III des Constitutions un chapitre entier est consacré à l'Esprit de la Congrégation. Là la Règle 16 répète la Règle 2 presque littéralement avec une légère différence à la fin, à savoir, « … comme l'ont vécu Jésus et sa Mère », au lieu de « … comme l'ont vécu Jésus et Marie dans l'Evangile » ( cf R. 2 ). Donc les Règles 17, 18 et 19 parlent de l'Esprit de la Congrégation en détail.
C'est dans les Constitutions présentes de 1988 que nous voyons un changement dans l'ordre de la présentation de l'Esprit, à savoir la Règle 2 dit : « L'Esprit de la Congrégation est un esprit de Confiance aimante, d'Abandon total et d'Allégresse comme l'ont vécu Jésus et Marie dans l'Evangile »
( cf R. 22 ).
La Règle 2 est répétée dans le chapitre 4 des présentes Constitutions avec un léger changement à la fin, à savoir, « … comme l'ont vécu Jésus et sa Mère » ( cf R. 22 ). Ici, aussi, le titre du chapitre est « Notre Esprit », et les Règles 23, 24 et 25 expliquent en détail l'Esprit.
Donc c'est au Vème chapitre général des Missionnaires de la Charité en 1985 que l'ordre traditionnel de la présentation a été remplacé par l'ordre présent, à savoir la confiance aimante, l'abandon total et l'allégresse.
Est-ce que la bienheureuse Teresa M.C. a vraiment voulu ce changement d'ordre de la présentation, qu'elle a respecté toute sa vie, c-a-d de 1928 à 1985 ? Je me souviens qu'au chapitre général extraordinaire de septembre 1990, la bienheureuse Teresa a dit explicitement à l'un des participants de nos ateliers : « Père, vous pouvez avoir le don de l'écriture et de la parole, mais j'ai le don de la vie ». Cela ne faisait pas beaucoup de différence pour elle à cette étape de sa vie que l'on parle d'abandon en premier ou en second, aussi longtemps que l'on avait la grâce de vivre l'Esprit fidèlement car– l'abandon total, la confiance aimante et l'allégresse – sont inséparables les uns des autres.
C'est l'abandon, cependant, qui ressort le plus dans le chemin de vie et la spiritualité M.C.. Nous voyons cet ordre également dans la vie de Notre Dame. A l'Annonciation elle s'est abandonnée totalement à la volonté divine ; la bienheureuse Teresa a fait la même chose, puisqu'elle a décidé de consacrer sa vie totalement à Dieu.
Dans la toute première lettre que la bienheureuse Teresa a écrite depuis Skopje ,le 28 juin 1928, à la supérieure générale du couvent e Lorette à Dublin, en Irlande, elle conclut : « … Je n'ai aucune requête particulière, je veux seulement être dans les missions, et pour tout le reste je m'abandonne complètement à la disposition du bon Dieu. » Au moment d'écrire cette lettre elle était encore une lycéenne, qui n'avait pas encore 18 ans, et n'avait pas encore commencé aucune formation religieuse formelle, excepté celle qu'elle avait reçue de ses parents et des prêtres de sa paroisse.
Pour la bienheureuse Teresa .M.C. la décision de devenir religieuse a signifié un abandon complet à la volonté divine à travers ses supérieurs. Quelques années plus tard elle écrit : « Seul l'abandon total peut satisfaire le désir brûlant d'une vraie Missionnaire de la Charité » ( Explication de la Règle R. 31 ). Cela signifie qu'elle a compris depuis le commencement ce que signifie appartenir à Jésus à travers la profession des conseils évangéliques. Pour elle l'obéissance aux supérieurs légitimes a signifié un abandon réel de sa volonté à la volonté de Dieu et à son plan à travers ses supérieurs.
Dans les longues locutions qui ont commencé le mardi 10 septembre 1946, nous voyons Notre Seigneur dire à la bienheureuse Teresa M.C. au sujet de l'obéissance et de la confiance qu'elle doit avoir en lui, à savoir : « Obéis très joyeusement et promptement et sans poser de questions – ne fais qu'obéir. Je ne te quitterai jamais - si tu obéis. » ( Mother's Founding Grace page 18, p.125 en français ). ; « Fais-Moi confiance avec amour, fais-Moi confiance aveuglément » ( ibid p.17, p. 124 ).
La veille de son départ définitif du couvent de Lorette, à Calcutta, la bienheureuse Teresa M.C. a écrit à l'archevêque de Calcutta, Mgr Ferdinand Périer SJ : « … Mardi soir je partirai par le Punjab mail ( par le train ). Tout est très sombre, plein de larmes, mais je pars de ma pleine volonté avec la bénédiction de l'obéissance. S'il vous plaît priez pour moi afin que j'aie le courage d'aller jusqu'au bout de mon sacrifice puisqu'il m'a donné l'inspiration et la grâce de le commencer. S'il vous plaît priez – J'ai si peu de courage mais je Lui fais confiance aveuglément, malgré tous mes sentiments » ( 15 août 1948 ). ( p. 149 ).
Quand elle a commencé sa vocation religieuse, Agnès Bojaxhiu s'est abandonnée complètement à la volonté divine. Quand la bienheureuse Teresa a commencé son nouveau chemin de vie comme Missionnaire de la Charité elle a mis toute sa confiance dans l'assistance et la direction divines. Dès lors elle sera conduite par le Saint Esprit dont elle est devenue l'instrument.
L'allégresse est l'expression extérieure de notre joie qui vient de notre abandon total et de notre confiance aimante dans le Seigneur. Jésus veut non seulement que nous abandonnions notre raison et notre volonté à son plan et à sa volonté, non seulement pour mettre notre confiance en lui, mais il veut que nous le fassions avec joie ; ; car nous savons que celui qui donne avec joie donne davantage. En plus il est dit que « Dieu aime celui qui donne avec joie » ( 2 Co 9, 7 ).
Jésus veut par tous les moyens avoir sa joie en nous, car il dit : « Que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie » ( Jn 15, 11 ). Rappelons-nous que « la joie du Seigneur est notre rempart » ( cf Ne 8, 10 ). Il est dit que « Les apôtres en sortant du grand conseil, repartaient tout joyeux d'avoir été jugés dignes de souffrir des humiliations pour le nom de Jésus. » ( cf Ac 5, 41 ).
La bienheureuse Teresa M.C. a écrit à l'un de ses directeurs spirituels : « Tout le temps en train de sourire – les sœurs et les gens font de telles remarques – Si seulement ils savaient – et combien ma gaieté est le manteau avec lequel je recouvre le vide et la misère... ».
Comme nous grandissons en sainteté par la prière, la pénitence et les œuvres de miséricorde, nous grandissons aussi dans l'Esprit de la Congrégation. Ces triples aspects sont comme les trois côtés d'un simple triangle vécus si parfaitement, si fidèlement et avec tant de persévérance par les personnes de la Sainte Famille, Jésus, Marie et Joseph, comme nous le voyons dans les pages des Évangiles.
Vécu par Marie et Joseph.
L'appel de Marie à devenir la Mère de Dieu a commencé par son abandon complet au plan et à la volonté de Dieu. St Luc l'évangéliste nous donne ses paroles exactes quand il a écrit :
« Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » ( Lc 1, 38 ). L'abandon de notre Dame à la Volonté Divine a été inconditionnelle, totale et sans questions. C'est sa foi inébranlable et sa ferme détermination à faire la volonté de Dieu quel qu'en soit le coût qui a animé d'abord son cœur et ensuite ses lèvres.
Pour une jeune fille de son âge, sa réponse à l'ange a été contre toute raison. Humainement parlant sa vie était en danger. Selon la loi juive elle pouvait facilement être lapidée à mort avec l'enfant dans son sein. Ici sa détermination à faire la volonté de Dieu a prévalu. Sa réponse a été inconditionnelle, bien qu'humainement parlant pas raisonnable.
Juste un mot de la bouche de Joseph aurait pu être la fin des vies des deux personnes les plus importantes qui aient jamais vécu sur la terre. Le Créateur de l'univers a été protégé et sauvé par le silence héroïque de St Joseph qui a été possible seulement à cause de sa charité invincible. Ici la raison humaine n'arrive pas à comprendre, et ne peut pas expliquer non plus l'interaction du plan de Dieu et sa volonté.
La charité de St Joseph l'a exhorté à s'abandonner complètement, contrairement à tout raisonnement humain, au plan de Dieu et à sa volonté. La raison ne peut expliquer d'aucune façon et St Joseph ne pouvait pas comprendre sans l'intervention directe de Dieu dans la vie de cet homme juste, patient et obéissant, qui a été choisi par Dieu pour être l'époux chaste et fidèle de la Vierge Mère de Dieu et le gardien prudent et le père adoptif du Fils de Dieu.
Le sens et la signification.
L'objet de notre abandon est notre raison humaine et notre volonté humaine à la volonté divine et au plan de Dieu. La conséquence nécessaires de notre abandon total à la volonté et au plan divins produit dans notre âme une paix profonde et une joie durable. La joie va avec l'abandon et fait face aux conséquences dans une confiance sereine. On ne calcule pas les nombreux risques dans cette sorte d'abandon, mais on se confronte volontairement aux conséquences et on les accepte d'une manière exemplaire.
Là il y a une possibilité d'être critiqué, incompris, mal jugé, condamné, et torturé, comme nous le voyons dans les vies des saints et des martyrs. Là il y a une dimension transcendantale. Là l'éternité émerge avec le temps et permet à la victime de faire l'expérience de la joie intérieure inexprimable et de la paix d'esprit inexplicable.
Là il n'y a pas de réaction violente, parce que l'on n'est pas concentré sur les maux et sur celui qui fait le mal mais sur le bon Dieu, dont on veut accomplir la volonté quel qu'en soit le coût. Là on est prêt à perdre sa vie, non par désespoir mais dans l'espoir et dans l'amour, pour l'amour. Là l'âme humaine, purifiée dans la fournaise de l'amour divin, ressemble à son bien-aimé, oublie toutes les sensations pénibles et même la douleur atroce.
L'abandon à la Volonté Divine demande l'humilité de Cœur et la pureté de de l'esprit. Là je ne calcule pas la perte, ni ne me concentre sur le don, mais sur la personne du donneur et sur son amour qui peut demander n'importe quel sacrifice de ma part. Là la souffrance n'est pas vue comme un poids ou comme une fin, mais comme un don et comme le partage de la passion du Christ. Cela devient un moyen par lequel Jésus continue la rédemption du monde.
Jésus a besoin d'amis intimes sur lesquels il puisse compter, auxquels il puisse demander des sacrifices héroïques et même une douleur atroce, pour le salut des pécheurs. Combien de souffrance est perdue chaque jour, même par des prêtres et des personnes consacrées, qui pourrait être canalisée dans le désert de l'humanité. comme le barrage Indira Ganhi dans le Rajasthan, en Inde. Le désert du Rajasthan est devenu une terre fertile de frais et verts pâturages. Dans le désert de l'humanité Jésus choisit des âmes généreuses pour l'irriguer avec des sacrifices héroïques pour conquérir le monde du péché avec lui.
Il y a tellement de péché partout, comme le fléau de l'avortement, le mal de l' euthanasie, l'exploitation et la corruption, les cultes sataniques et la magie noire, pour en citer quelques uns. Quand le péché abonde la grâce devrait abonder encore plus, ce qui peut être possible seulement si Jésus trouve des personnes généreuses pour vivre avec lui, pour souffrir avec lui, pour racheter à nouveau le monde d'aujourd'hui. Au commencement de chaque station de la Croix nous prions :
« Nous t'adorons, O Christ, et nous te bénissons, car tu as racheté le monde par ta sainte Croix ».
S' abandonner à Dieu dans la foi et dans l'amour est une mort en elle-même, une mort à sa raison, à son plan et à ses projets.
La dimension christologique.
L'Esprit de notre Congrégation est l'Esprit de l'Évangile, l'Esprit de Jésus Christ qui a abandonné sa volonté totalement et inconditionnellement à la volonté de son Père par obéissance.
« Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre... »
( Jn 4, 34 ) ; « Mon Père, jusqu'à maintenant, est toujours à l'œuvre, et moi aussi je suis à l'œuvre. »
( Jn 5, 17 ) ; « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne... » ( Lc 22, 42 ).
L'abandon final et définitif de Jésus se voit sur la Croix, quand il a dit : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. .. » ( Lc 23, 46 ) ; « Tout est accompli... » ( Jn 19, 30 ). L'unique désir de Jésus était d'accomplir la volonté de son Père sur la terre. Pour faire cela il devait passer par une grande souffrance, par l'agonie et le « martyr de la volonté ». « Bien qu'il soit le Fils, il a pourtant appris l'obéissance par les souffrances de sa Passion... »( cf He 5, 8 ) ; « Il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix... » ( cf Ph 2, 8 ).
L'Esprit M.C. est donc l'Esprit de Jésus, car Jésus est notre miroir et notre modèle. Le miroir montre exactement ce que l'on est. Ce n'est pas la faute du miroir si notre nez est crochu, ou s'il y a des cicatrices ou des rides sur notre visage. Le miroir est objectif. Jésus est le vrai miroir de nos âmes.
Si Jésus s'est abandonné complètement à la volonté du Père par obéissance, c'est aussi notre devoir et notre salut toujours et partout d'abandonner notre volonté à la volonté de Dieu dans l'amour, de lui faire confiance avec amour et aveuglément, ce qui nous rendra tous joyeux. Et Dieu aime un donateur joyeux. Parmi toutes les créatures seuls les êtres humains peuvent exprimer la joie à travers leurs sourires prenants La vraie joie de l'Esprit est le signe infaillible de la présence de Dieu en nous.
« Un M.C. doit être un M.C. de la joie. Par ce signe le monde reconnaîtra que vous êtes M.C. »
( Bienheureuse Teresa M.C. ).
Amitiés et prières.
Dieu vous bénisse.
Père Sébastien Vazhakala M.C.